Le tailleur Michiels

 

 

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Merci à Jef Slagmulder.

 

Le tout nouveau roi des Belges Léopold 1er, lève l’Octroi (droit perçu sur les denrées à leur entrée dans la ville) qui à l’époque réglait l’accès aux anciennes portes de Bruxelles. Etant donné que la Porte de Hal était le principal lieu de passage vers le marché de la Place de la Chapelle et le centre de la ville, à partir de la deuxième partie du XIXème siècle, de nombreuses  petites boutiques fleurissent dans la rue Haute, souvent ouvertes par des familles pour un apport
complémentaire de revenus. Plus tard, cabarets et cinémas compléteront le tableau de cette rue commerçante.

Et par ce fait en 1853, au n°197 de la rue Haute,Barbe Michiels épouse Van Buggenhoudt ouvre une boutique d’aunages (vente de tissus et draps au mètre).
 
A l’époque, les «Guildes des métiers», imposèrent des vêtements de travail pour tous les corps de métier. En 1856, Barbe eut l’idée de confectionné des bleus de travail, des sarraus, des tabliers…préfabriqués, qui se  sont vendus comme des petits pains.
 
La dénomination du magasin « A la Paysanne-In’t Boerinneke » disparaît en 1934, pour faire place au seul nom de « Michiels »  
 
Ainsi débuta la saga de la famille Michiels.
Une entreprise familiale de confection réputée dont plusieurs génération
ont à chaque fois repris le flambeau et que nous avons tous connu.
 
Hélas, la maison « Michiels » a fait aveu de faillite et fermé ses portes définitivement durant l’été 2011.

 

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On aperçoit au 1er étage, un homme,  à côté de lui la cage d’un oiseaux et une enseigne. L’enseigne que vous pouvez voir ci-dessous est à l’origine de « MICHIELS »

 

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Dans les années 50, il n’était pas rare d’apercevoir de belles peintures murales, jusque dans le fin fond du brabant. Ci-dessus le dessin d’une publicité.

 

 

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Encore de nos jours (22/07/2012, date de la photo), vous pouvez encore voir le long d’un chemin, du brabant flamand (Beersel), la publicité du célèbre tailleur bruxellois.

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A gauche à la hauteur de la maison à pignon, en empruntant la rue de la Rasière, on descend au vieux-marché. A droite, au coin de la façade blanche, se situe l’entrée de l’impasse Defuisseau et son célébre cérisier. Un peu plus loin, toujours un coin blanc, la débute la rue de l’Abricotier, (Bloempanchgang) cette rue est une forte montée, et pourtant des kets du quartier, montaient en vélo cette rue… sans mains ! Le photographe à placé son trépied en direction de l’église de la Chapelle.

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Le Parking était gratuit.  Oui gratuit, mais pas sans risques, car il n’était pas rare de voir les habitants des maisons, dont les fenêtres donnaient  sur le parking, vider leur seau d’eau par la fenêtre. 

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Fini la zwanze pour Michiels

(11/08/2010)

La plus ancienne maison de prêt-à-porter familiale de Belgique contrainte de baisser le rideau pour cause de faillite

BRUXELLES Quartier vivant par excellence, les Marolles affichaient grise mine hier matin. Si les journalistes s’étaient déplacés, c’est pour un événement bien moins festif que les nombreuses animations qui font la réputation du cœur de Bruxelles. Fondée en 1856 par Barbe Michiels, la plus ancienne maison familiale de prêt-à-porter avait bien triste allure derrière son volet métallique définitivement baissé.

À l’intérieur, sous la houlette de la curatelle, les ouvriers s’affairaient à rassembler les dernières marchandises du magasin. Les trois autres enseignes Michiels de Wemmel, Waterloo et Woluwe subissent le même sort. “La crise est passée par là” , avoue le curateur. “C’est toujours triste de devoir liquider les affaires d’une maison aussi renommée, d’autant que la reprise s’annonçait.”

Un client paniqué interpelle le curateur : “J’ai un costume qui est prêt, je viens voir si je peux le récupérer. C’est pour mon mariage et je l’ai payé d’avance.”
“Pas sûr que je vais le retrouver car on rassemble toute la marchandise en vue de la vendre au plus offrant.”

Les tringles où pendent les commandes passées en revue, aucune trace du costume du marié. À l’étage, les ateliers sont logiquement déserts. Le curateur y emmène le client qui, quelques minutes plus tard, est tout heureux de redescendre avec son costume. “Les retouches n’ont pas été effectuées, mais le principal est d’avoir le costume. Quelques instants plus tard, il serait parti avec l’ensemble des marchandises et cela aurait été la catastrophe…”

Le curateur est actuellement en discussion avec de potentiels repreneurs pour les magasins de Wemmel, Waterloo et Woluwe. “Pour la maison mère, sise rue Haute, nous n’avons guère espoir.” Elle vivra ses dernières heures début septembre, à l’occasion de trois week-ends de vente pour liquider les stocks. Aucune date n’est encore annoncée, mais elles seront communiquées via le site www.makaa.be.
“Ce sera assurément l’occasion de faire de bonnes affaires”, conclut le curateur. Dans le quartier, on regrette la disparition de ce véritable monument. “Déjà que les cafés ferment les uns après les autres , s’inquiète un riverain. Maintenant, c’est l’un des tailleurs les plus réputés qui ferme boutique. Bientôt, il n’y aura plus que les riches antiquaires pour occuper la place. Enfin, heureusement qu’on les a aussi car cela attire beaucoup de monde…”

Vincent Schmidt

 

 


 

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Cinéma

 

Cinéma Bruxellois
Merci à André Bette et Guillaume.

 

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LE COIN DU DIABLE

LE COIN DU DIABLE

1. Le quartier du « Coin du Diable ». 

Il existe, au cœur de Bruxelles, un quartier connu sous le nom de « Coin du Diable », mais peu de Bruxellois s’en souviennent et moins nombreux encore sont ceux qui sont aujourd’hui capables de le situer. Quant à en connaître l’histoire… 

Ce lieu-dit était limité précisément, à l’origine, à un tronçon de la rue Van den branden : « Cette rue morne et délabrée, mais assez longue (250 m), commence à la rue du Pène, traverse la rue du Houblon et aboutit à la rue Notre-Dame-du-Sommeil, 71. Elle fut tracée vers 1855 sur les terres marécageuses d’un sieur Van den Branden. Des créations d’égouts la rendirent habitable. A l’origine, elle s’arrêtait dans les champs, à quelque 80 m de la rue Notre-Dame du Sommeil, non loin de la longue impasse du Coin du Diable, très mal famée. En 1873, son extrémité fut reliée par deux coudes au fond de l’impasse du Coin du Diable, à la suite de démarches de la famille Van den Branden, et la vieille impasse perdit son nom pittoresque pour devenir « rallonge » de la rue Van den Branden. » (Dictionnaire historique et anecdotique des rues de Bruxelles, Jean d’Osta, p. 337).

Ensuite, au 20ème siècle, le nom de « Coin du Diable » fut également appliqué à la rue Notre-Dame-du-Sommeil : « Près de la porte de Ninove, une longue rue irrégulière joint le boulevard Barthélémy à la rue des Chartreux. Cest la très vieille artère de Notre-Dame-du- Sommeil, onze Léverâ van Voekstroêt, comme lappellent certains, Den Deuvelshoek (le Coin du Diable), comme disent presque tous les habitants de ce curieux quartier. » (Bruxelles, notre capitale, Louis Quiévreux, p.199). Le nom de « Notre-Dame du Sommeil » rappelle l’existence d’une petite chapelle qui, vers 1600, était érigée en plein champs (bien avant la création de la rue donc) et abritait une madone vénérée par les personnes souffrant d’insomnie. Les noms Den Deuvelshoek et « Coin du Diable », sont, quant à eux, bien peu usités de nos jours.

A l’époque où Louis Quiévreux l’évoque dans son « Bruxelles, notre capitale », soit au tout début des années 1950, le « Coin du Diable » connaît des travaux d’assainissement et nombre d’habitants ont d’ores et déjà quitté le quartier. Quant à ceux qui y vivaient encore, ils attendirent jusqu’à la fin, avec la résignation des humbles, la disparition complète de leur quartier et de sa mémoire elle-même. 

Le « Coin du Diable » et, plus généralement, ce que l’on appelle couramment à Bruxelles le « quartier du canal », n’en fut pas revitalisé pour autant. La population changea, mais le quartier n’en garda pas moins une réputation non-galvaudée de quartier paupérisé. Il existe toutefois aujourd’hui une volonté régionale d’assainir réellement et de réaménager, d’un point de vue immobilier, ce quartier encore partiellement délabré. 

Aussi, peut-être que celles et ceux qui, tentés par un habitat au centre-ville, décideront de s’installer au « Coin du Diable », voudront aussi connaître l’origine de l’inquiétant nom de leur quartier. C’est ce que nous nous proposons de leur apprendre.  

2. La légende du Coin du Diable.

Le célèbre démonologue et libraire-imprimeur champenois, Jacques Collin De Plancy, auteur d’un non-moins célèbre Dictionnaire infernal, séjourna plusieurs fois à Bruxelles. Il y vécut entre 1830 et 1837 et fut également l’auteur d’une Histoire du Manneken Pis racontée par lui-même (1824). On prétend parfois que ses démêlés avec l’Eglise, pour cause de pensée trop libre, ne constituent pas la seule raison de son intérêt pour Bruxelles, mais qu’il aurait été motivé par certains faits démoniaques, étranges ou réputés tels… Ainsi, Plancy se penchera-t-il notamment sur la légende du « Coin du Diable » que nous nous proposons de reproduire ici.

Au 17ème siècle, un architecte que, selon les versions de cette légende, on nomme Olivier ou Bernard Raessens, habitait, dit-on, une impasse aujourd’hui disparue de la rue Notre-Dame-du-Sommeil. Un jour, on le chargea de construire un pont et une écluse sur la Senne, entre les portes de Flandre et d’Anderlecht. Plus précisément, le pont devait être construit sur la Sennette-aux-Sables, derrière l’église de Molenbeek, alors que l’écluse du canal devait être édifiée, face au Petit-Château, au lieu-dit le « Chien-Vert », qui a d’ailleurs donné son nom à une rue de ce quartier.

Notre architecte se mit donc à la tâche, mais le terrain mouvant et marécageux de l’endroit lui causa bien des soucis. Certes, si l’on en croit Collin De Plancy, la première pierre de l’édifice aurait été posée le 28 avril 1658. Plusieurs magistrats bruxellois auraient d’ailleurs assisté à cette cérémonie, à savoir les sieurs Van Hecke, De Bruyne –père de l’architecte de la Grand Place de Bruxelles !- et Bassery. Une inscription aurait même témoigné de la présence de ces magistrats à la cérémonie, mais on ne sait, hélas, ce qu’est devenue la pierre commémorative sur laquelle elle était gravée. Qui sait si elle ne fut pas emportée par le Diable ?

Quoiqu’il en soit, notre malheureux architecte eut beau déployer toute l’ingéniosité dont il était capable, les travaux durent être interrompus, alors que son ouvrage n’était à peine réalisé que d’un tiers. Tout ce qu’il possédait fut englouti dans cette entreprise et même les ressources d’une jeune veuve qu’il projetait d’épouser n’y firent rien : notre architecte fut bientôt acculé à la ruine.

Mais par une sombre nuit aussi venteuse que pluvieuse, alors que le malheureux architecte rentrait chez lui, au comble du désespoir, il lui fut annoncé qu’un visiteur l’attendait. De fait, l’architecte trouva dans sa chambre un homme tout habillé de noir (ou de vert, selon les versions, le vert étant la couleur de prédilection des êtres féériques… !). Le visiteur annonça d’emblée à l’infortuné, qu’il connaissait la situation désespérée dans laquelle il se débattait en vain, puis lui proposa de lui venir en aide.

A l’écoute de ces paroles d’espérance, l’architecte tressaillit de bonheur et voulut saisir les mains de celui qu’il considérait soudain comme son bienfaiteur. Mais le visiteur tempéra bientôt son enthousiasme en lui apprenant que l’aide qu’il était prêt à lui accorder était conditionnelle.

Le visiteur accorda sur le champ une aide de 100.000 florins à l’architecte qui, dans sa naïveté, crut bon de clamer : « Cest le ciel qui vous envoie ! » A ces mots, l’inconnu fronça les sourcils et dit : « Non ! Pas le CielEntendons-nous bien. Je vous donne dix ans. Au bout de ce terme, vous me suivrez où je voudrai. » Sur ces paroles, le Diable –car c’était lui…- tira de son portefeuilles les 100.000 florins promis et posa sur la table une feuille de parchemin et une plume d’or. Il ne restait plus à l’architecte que de signer le pacte diabolique mais il eut soudain un mouvement d’hésitation. Le Diable déposa alors un demi-million de florins sur la table et devant l’offre d’une telle somme, l’architecte ne put résister : il baisa les mains de l’inconnu, se saisit brusquement de la plume et signa le pacte diabolique. Le Diable disparut mais non sans avoir rappelé à l’imprudent architecte qu’il reviendrait dans dix ans pour l’emmener avec lui… 

Tout à sa joie, notre architecte ne s’inquiéta guère de la terrible promesse qu’il venait de faire au Diable et, dès le matin, il reprit ses affaires avec entrain. Dès ce moment, tout lui réussit, ses affaires prospérèrent, il se maria et vécut joyeusement. Il se bâtit une petite maison de plaisance entre la porte de Flandre et celle du Rivage, où il put ainsi s’étourdir dans des parties de plaisir. C’est, selon Paul de Saint-Hilaire, cette maison que l’on nomma la « Maison du Diable » et l’on pouvait encore s’y rendre, dit-on, à la fin du 19ème siècle, par la rue du Chant-des-Grenouilles, aujourd’hui disparue (à ne pas confondre avec l’impasse du même nom située à Forest).

Mais le temps passe vite lorsqu’on vit dans le bonheur et bientôt neuf années furent écoulées. La peur commença à gagner l’architecte à l’approche de la date fatidique à laquelle le Diable devait apparaître pour l’emporter au fond des Enfers. Le malheureux ne dormait ni ne mangeait plus. La seule vue du pont de la Grande-Ecluse, construit avec l’aide de Belzébuth, le faisait frémir d’effroi et son épouse le surprit à plusieurs reprises en train de sangloter amèrement.

L’architecte ne pratiquait plus depuis cette nuit infernale durant laquelle il fit la rencontre du Diable, incapable qu’il était désormais d’entrer dans une église sans s’y trouver mal. Mais le soir fatal où le Diable devait venir le chercher, il organisa un repas dont l’un des convives n’était autre que le chanoine de Sainte-Gudule, Jan Van Nuffel. A l’approche de l’heure fatidique, la terreur de l’architecte ne cessait de croître et il buvait beaucoup de vin pour se donner du courage. 

A minuit, il envoya donc sa servante chercher d’autres bouteilles à la cave. A peine était-elle sortie de la pièce qu’elle aperçut, sur la dernière marche de l’escalier, un gros homme à la figure sombre et vêtu de velours vert. « Allez dire à votre maître que je lattends. Il saura bien qui je suis », lança à la servante, affolée, le diabolique visiteur. Au comble de la terreur, l’architecte ne put plus se retenir et raconta toute l’histoire à sa femme et à ses convives bouleversés.

Le vicaire, sans se démonter, proposa alors de faire monter le visiteur. Le Diable parut, tenant à la main le pacte signé par l’architecte auquel il dit simplement : « Je viens te prendre ». Le vieux prêtre intervint à ce moment pour rappeler à Belzébuth qu’il avait sur lui quelques pouvoirs puis dit : « Ayez lamabilité, Monsieur Belzébuth, daccorder un peu de répit à mon ami, le temps pour vous de compter les grains de millet que contient ce verre » (Quiévreux) dont le prêtre renversa sur le sol le contenu. Pendant que le Diable, grinçant des dents, comptait les grains de millet (ou de maïs) avec, il faut le dire, une vitesse surprenante, Jan Van Nuffel fit signe de s’approcher à un enfant de chœur portant un bénitier dans lequel le chanoine versa les quelques grains qui restaient (à moins, selon les versions, qu’il n’ait aspergé d’eau bénite les quelques grains restants répandus sur le sol). A peine Belzébuth eut-il touché les grains bénits qu’il poussa un grand cri de douleur avant de disparaître. Ainsi fut sauvé l’imprudent architecte.

Depuis ce temps, le Pont de l’Ecluse, situé en face du Petit-Château, a reçu le nom de « pont du Diable », Paul de Saint-Hilaire établissant en outre un parallèle avec celui de Saint-Cloud, près de Paris.

On dit aussi que le Diable dupé aurait fui sous la forme d’un chien vert et que c’est de là que viendrait le nom de la rue du Chien vert qui joint l’écluse au Pont du Diable.  

Ensuite, Belzébuth devint, de par le vœu des gens de ce quartier, un héros comique de festivités qui se déroulaient tous les ans, le 20 août, et ce jusqu’à la seconde guerre mondiale.    

3. La Fête du Diable.

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La Fête du Diable se déroulait jadis aux alentours du 20 août et, à cette occasion, personne ne travaillait dans le quartier de la rue Vandenbranden, même les vendeuses de caricoles (genre d’escargots à coquille noire qui fut longtemps l’un des joyaux de la gastronomie populaire bruxelloise !) chômaient ce jour-là.

On revêtait son costume de fête et on s’en allait danser à tous les carrefours. 

Venait le moment d’aller chercher, en grande pompe, l’effigie de Belzébuth qui se trouvait dans un estaminet, un temps nommé, assez logiquement, le Café du Diable. Cet estaminet fut jadis tenu par un certain Goebriel. 

L’effigie de Belzébuth ressemble à  un diable haut encorné, fait de cuir, revêtu d’un manteau noir et affublé de médailles. Aujourd’hui encore, cette effigie est visible au Musée de Bruxelles, à l’étage supérieur de la Maison du Roi, située sur la Grand-Place.

La cérémonie publique était présidée par le « bourgmestre » du « Coin du Diable » et comportait trois actes : l’enterrement, le baptême et le mariage du Diable. 

Belzébuth était d’abord promené dans un véritable corbillard. Derrière la charrette marchaient des pleureuses, soit les six commères les plus réputées du quartier portant des noms issus des traditions populaires locales tels que Scheil Né (=la Bigle), Binette Neus (=Barbe au grand nez), Treene de Spons (=Catherine à la figure grêlée) ou encore Manke Maree (=Marie la Boiteuse)… C’est ainsi qu’on enterrait le diable de l’année écoulée.

Ensuite, ressuscité, le diable de l’année nouvelle était emmené à son baptême (ce qui peut paraître étrange pour un diable, nous en conviendrons !), puis à son mariage. 

Les pleureuses se métamorphosaient alors en joyeuses chanteuses et troquaient leurs voiles de deuil contre des manteaux. Et pendant que l’on banquetait, que l’on dansait et que l’on buvait sec, on amenait le Belzébuth nouveau dans un landau, encadré par un parrain et une marraine. Venait ensuite le simulacre de mariage de la diabolique effigie.

Lors de ces festivités, tous les gens du quartier collaboraient pour décorer le quartier : on pendait notamment, de maison en maison, des bouquets de feuilles de poireaux. Les jeunes voyous et bagarreurs du coin remplissaient la mission de videurs, chargés d’empêcher les éventuels perturbateurs de semer le trouble. Ainsi affrontaient-ils notamment les Marolliens venus des hauteurs de la Porte de Hal pour en découdre avec ceux du Canal.

Un des derniers présidents de la Fête du Diable fut un certain Polle de Neus (=Léopold au Nez ou « avec son nez »), le père d’une Madame Van Couter qui, au début des années 1950, alors que les festivités du « Coin du Diable » n’étaient déjà plus qu’un souvenir, tenait le Café du Diable, déjà évoqué.  

4. Le crime du Coin du Diable.

Un jour funeste, un certain Lambert Ernst, repris de justice, rencontra, dans un infâme taudis de la rue Notre-Dame-du-Sommeil, les époux Van Praet. Ce fut vraisemblablement là le point de départ de la mise sur pied d’une bande de malfrats. 

Ernst en devint le chef et recruta des truands, tant à Molenbeek qu’à Koekelberg. Cette bande écuma durant des années la campagne située à l’ouest de Bruxelles. Mais c’est un soir du mois d’avril 1849 qu’Ernst et sa bande allaient commettre le pire de leurs forfaits.

Ils sortirent de Bruxelles vers dix-huit heures pour se rendre à la ferme des époux Desmedt, à Dilbeek. Ils parvinrent à pénétrer dans ladite ferme en faisant un trou dans le mur d’argile. Les malfrats s’engouffrèrent dans la brèche et Ernst se glissa jusque dans la chambre des Desmedt.

Le truand, armé d’un coutre de charrue trouvé en chemin, s’avança vers le lit des Desmedt profondément endormis. Il porta le premier coup au mari et le second à son épouse, puis continua son horrible besogne, frappant à coups redoublés.

Les criminels emportèrent une somme de 300 francs, des vêtements, une croix d’or et 38 kilos de lard. Ils se partagèrent ensuite le butin et fêtèrent indignement leur criminel exploit à grands coups de genièvre et de faro. 

Bientôt, toutefois, les neuf membres de la bande (six hommes et trois femmes) furent arrêtés et ils comparurent devant les assises du Brabant. 

Le 18 septembre 1850, Lambert Ernst monta sur l’échafaud et, pour l’occasion, le bourreau François Jean Boutquin inaugura une nouvelle guillotine ! 

Lorsqu’on annonça à Ernst que sa dernière heure était venue, il s’en réjouit publiquement et lorsqu’on lui offrit les « secours de la religion », il répondit que tout cela n’était que balivernes ! Et on dit qu’il marcha vers la mort en chantant et en riant, faisant des grimaces à la foule, tandis que l’aumônier pleurait…

Le couperet tomba et Ernst finit là sa criminelle carrière.

Eric TIMMERMANS.

Bruxelles, le 19 juillet 2012.

Sources : Bruxelles, notre capitale, Louis Quiévreux, PIM-Services, 195, p. 199-205, 319 / Dictionnaire historique des rues, placesde Bruxelles (1857), Eugène Bochart, Editions Culture et Civilisation, 1981 / Dictionnaire historique et anecdotique des rues de Bruxelles, Jean d’Osta, Le Livre, 1995, p. 239 & 337 / Histoire secrète de Bruxelles, Paul de Saint-Hilaire, Albin Michel, 1981.

Jean De Spons

 

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Le Diable

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Jean Degeynst, dit Jean « De Spons » son épouse et ses deux enfants, Egide et Christine.

Jean tient son surnom, non pas qu’il buvait énormément, mais à cause de son visage grêlé.

 

 

 

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Le Coin du Diable en 1895.

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Jean Degeynst, pose devant son café  situe au 65 de la  rue Notre Dame du Sommeil.

Un GRAND merci à Lucien Dierick pour la photo de son arrière grand père.

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Aquarelle
de Carabain de 1897

Le peintre a planté son chevalet rue Notre-Dame-du Sommeil, à droite c’est le début de la rue du Diable.

La cheminée de la grande Brasserie « L’ETOILE » de madame Van den Kerkoven était située aux n° 73-77 de la rue Notre-Dame-du Sommeil.

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La Meskens Poort fut créée en 1846 au Coin du Diable.
Monsieur Meskens avait vu grand, son impasse n’avait pas moins de 29 maisons, disposées en 3 rangées d’une dizaine sur un terrain carré
Il est vrai qu’à cette époque le terrain coûtait rarement plus de 2 francs le m2 (mais entre 1850 et 1860 il tripla de prix, en moyenne, alors que le coût de la vie restait stable). En 1866, cette grande « Poort » est mentionnée comme impasse de la rue Notre-Dame-du-Sommeil,65.
Il est signalé qu’elle est « propre, bien aérée et souvent repeinte en blanc par les soins du propriétaire ». Mais malgré cela la ville ne montre guère de gratitude envers M. Meskens : elle débaptise son impasse pour lui donner le nom du Sorbier, en 1880. L’impasse du Sorbier, en 1930, abritait encore 66 familles, comptant 203 personnes. Mais les gens du Coin du Diable  continuèrent à l’appeler « Meskenspaut » jusqu’à sa fin, dans les années 1930.

Extrait Jean D’Osta « Les rues Disparues de Bruxelles »
Edition Rossel 1979

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Rouge
l’impasse du Sorbier

Les parents de Jean « De Spons » étaient établis en face de son estaminet, ils vendaient en été de la bière en cruche et en été de l’eau chaude.

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impasse
du Sorbier

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Habitants
du Coin du Diable.

A1 Françoise Anseroul, « Swas » était fleuriste de son état.
La photo est prise à Londerzeel, devant son châlet « Ma p’titefolie »
Le petit ket à Lunette est Francis Pelseneer.

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Impasse
Kayser

Cette impasse, large et animée, possédait une entrée cochère qui avait pris la place  de tout le rez-de-chaussée d’une maison de Monsieur Kayser, rue Coin du Diable, 17 (aujourd’hui rue Vandenbranden, 66). Vers 1850, M. Kayser avait fait construire 9 petites maisons dans son jardin, et il n’avait pas oublié d’ajouter une petite chapelle murale tout au fond.

Cela lui porta chance, car il eut en moyenne 27 ménages et 84  locataires en 1866 et son impasse prospèra jusque dans les années 1930.

Cette impasse était le séjour de nombreux marchands ambulants qui poussaient leur charrette à bras dans les rues commerçantes du centre ville.

Le soir , l’impasse Kayser  était pleine de ces humbles charrettes qui y trouvaient un parking commode et sûr jusqu’au lendemain matin. Les papeteries Haseldonckx ont absorbé cette pittoresque impasse.

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Impasse des Marchands

Cette impasse se trouvait au n° 67 de la rue Notre-Dame du Sommeil, soit à quelques mètres de l’Estaminet de Jean De Spons.

Créée au début du 19ième  siècle, elle avait groupées autour d’une grande cour, 11 pauvres maisons, qui en 1866 abritaient, 16 ménages et 69 personnes. L’impasse subsista jusque dans les années 1920..
Extrait Jean D’Osta « Les rues Disparues de Bruxelles »

Edition Rossel 1979.

En additionnant les habitants des trois impasses on arrive à un total de 372 clients potentiel de Jean De Spons, ces affaires  devaient être florissantes

Suivant les journaux du 19ième  siècle, le quartier du Coin du Diable était très dangereux pour toutes personnes étrangères au quartier.

Deuvelshoek

 

Les kets du Deuvelshoek
merci à Bère Van Cauteren qui m’autorise a publier ces photos sur le blog.
Guillaume Kekenbosch

 

G Kekenbosch

 Guillaume Kekenbosch à l’âge de 25 ans

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Photo n° 1
Guillaume Van Cauteren et son fils Bère qui est Pompier aujourd’hui.

 

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Photo n° 2

A 1 Guillaume Van Cauteren – A 2 ? 

 

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Photo n° 3

A 3 – Paul Dewaegeneer, DCD en 1997 à l’âge de 59 ans. il a tenu le café « l’Oxford », rue Marché aux Charbons et le « Franco belge »
en face de Menneke pis.

 

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Photo n° 4

A 1 Guillaume Van Cauteren

Copie de Amis d'Ernest

Photo n° 5

A2 Polle caricol – B2 Cézar – B3 Georges du café « le Quebec ».

 

 

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Photo n° 6

Une classe de l’école 3 en voyage scolaire.

 

 

Anna + Philo

Photo n° 7

A 1 Philomène Heymbeeck – A 2 Anna Bernaerts (tante de Claude) – Guillaume Van Cauteren

 

Anna BERNAERT + Philo + Van Cauteren -Haseldo

Photo n° 8

Papeterie HASELDONCKX – quartier du Coin du Diable

Jean De Gyns.

Une chansonnette Bruxelloise interprétée par Jean De Gyns

 

Jean & Wanda

Pour écouter la chanson, un clic sur la photo.

Jean en compagnie de son épouse Wanda.

Jean a passé sa jeunesse au Deuvelshoek, a fait ses études primaires à l’école 3, rue Rempart des Moines. Ensuite à l’école des frères, située rue des Six Jetons, où il avait comme ami, Pierre COLIN et Pierre (Maurice) HEYMBEECK.

 

 

Jean De Gyns + Pierre (Mauriceà Heymbeeck
Porte d’Anderlecht – dans les années 30.

Maurice Heymbeeck et Jean De Gyns & Swete Kiki.
(Quick & Flupke)

 

 

 

 

 

 

Bontje - Mouma et Jean

Place de Brouckère vers 1935
A 1 Jean DE GYNS, A 2 Amelie BERNAERTS (op hei slache en ville) et Odile DE GYNS – Ils habitaient 3, impasse du Sorbier, dans le Deuvelshoek.
tout trois reposent au cimetière de Bruxelles.

 

Jef Bourgeois

Artiste peintre,Prince des Marolles et conservateur du musée des marionnettes de Toone.

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 Photo 1

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Photo 2

Les deux Géants, représentent les Grands Parents de Jef Slagmulder (voir une étoile est née sur le blog). Jef Bourgeois se trouve à l’extrème gauche. 

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Jef Bourgeois entre les parents de Jef.

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 Photo 6
Les gens entrent dans l’église de la Chapelle.

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 Photo 7
Funérailles de Jef  Bourgeois eu lieu en mars  1986 – Merci à Jef Slagmulder pour les photos.

                             JEF BOURGEOIS, LE PEINTRE DES MAROLLES

« Un Marollien, Monsieur, et surtout un « breugelien », naît, vit et meurt philosophe !… » (Jef Bourgeois (1).

 

1. Jef en deux mots.

Jef Bourgeois naquit le 26 octobre 1896, rue de la Philanthropie, dans le quartier de la rue Haute, où il passa toute sa jeunesse. C’est par la rue Haute que l’on accédait à l’impasse des Liserons où Toone I (Antoine Genty) avait établi son théâtre.

impasse des Liserons

C’est dire à quel point Jef Bourgeois était prédestiné au rôle de défenseur des Toone qui allait être le sien des décennies durant ! A l’âge de 17 ans, Jef entra comme aide-sculpteur aux établissements Wolfers, où il travailla durant un demi-siècle, secondant son maître, Marcel Wolfers. Las, la sculpture ne permettait pas à Jef d’améliorer son ordinaire, aussi décida-t-il de se tourner vers la peinture. Il fréquenta ainsi plusieurs peintres de renom et s’adonna lui-même à l’art du grand Breughel pour lequel il éprouvait une authentique passion. On lui doit des dizaines de tableaux représentant notamment La chambre à coucher de Toone. De fait, les marionnettes de Toone étaient sa spécialité, et nous verrons que sans plusieurs interventions de celui que l’on surnomma « le peintre des Marolles », voire même le « prince des Marolles », le Théâtre de Toone, qui constitue véritablement l’âme du Vieux Bruxelles, aurait disparu depuis bien longtemps. Jef Bourgeois était un peintre naïf qui aimait les couleurs chatoyantes. En mai 1962, il obtint le 1er prix au concours de peinture organisé par les Antiquaires du Sablon. Mais Jef Bourgeois vit aussi lentement dépérir ses Marolles, en proie à bien des bouleversements sociaux et démographiques, ainsi qu’à l’accroissement de l’emprise d’un certain folklore quelque peu pédant, superficiel et dénué de toute sincérité. Tout passe, les hommes et les choses. Il en fut également ainsi pour Jef Bourgeois qui s’éteignit un jour de l’année 1986*

*Jef Bourgeois est donc décédé le 6 mars 1986. Pierrot, pourrais-tu ajouter cette info à mon texte sur Jef Bourgeois ? 🙂 Merci Eric.

2. L’antre de la rue Haute.

La seconde « maison-atelier-musée » de Jef Bourgeois –la première, celle du n°180 de la rue Haute, ayant été détruite par une bombe volante en 1944-, telle que la nomma en 1969 Marcel Vermeulen, était située aux numéros 205-207 de la rue Haute, celle-là même où Toone VI-Welleman devait être intronisé « roi de la marionnette », le 6 octobre 1952, au cinéma Rialto. Une plaque commémorative placée à cette adresse et que l’on doit à Verhasselt, représente Jef Bourgeois. « Qui se douterait, écrit Marcel Vermeulen (1), passant rue Haute, qu’entre deux commerces de jeune mine, un étroit passage défendu par une porte anonyme, ouvre sur un monde oublié ? C’est une impasse en « bretelle », aux murs lépreux, aux poutres qui datent de l’époque espagnole. Au fond, à gauche, on longe l’atelier d’un tailleur, puis, par un escalier de poupée, on accède à la maison-atelier-musée de Jef Bourgeois. Et, dès le seuil, des marionnettes vous saluent. On se croirait dans le vieux Palerme. Mais non, on est dans les Marolles ! » Et le journaliste de nous décrire ensuite, avec une grande minutie, l’antre de Jef Bourgeois : « On y voit de tout, dans un mélange de bon goût : bronzes, étains, cuivres, peintures et sculptures d’artistes réputés, plantes vertes et fleurs séchées, petits chevaux de bois et « poesjenelles », pots à bière et objets du folklore bruxellois, images religieuses et, tout à côté, des images grivoises. Un antiquaire aurait, ici, des palpitations. »   

3. La rue des Minimes et l’ancien « atelier-musée » (rue Haute n°180).

Natif de la rue Haute, Jef Bourgeois habita aussi la rue des Minimes, non loin de Jules Destrée, qui occupait le numéro 45. Cet homme politique et écrivain, considéré comme l’un des pères du régionalisme wallon, devait passer les quinze dernières années de sa vie dans cette maison, où il décéda le 2 janvier 1936. Destrée recevait nombre d’artistes, de journalistes et d’hommes politiques, que Jef rencontrait ou invitait parfois chez lui : « Ce que j’ai pu en voir du monde alors ! Et dans mon jardin, en plein cœur de la ville ! Plein d’oiseaux et de fleurs, et j’avais des arbres fruitiers, entre autre un fameux cerisier ! Tout le monde appréciait mes cerises, y compris les merles…et les ketjes ! » (1). En 1944, Jef Bourgeois est installé au n°180 de la rue Haute. Mais dans la nuit du 22 novembre de cette année funeste, une « bombe volante », soit un V1 allemand (le seul à avoir frappé Bruxelles-Ville !), tomba dans le jardin de Jef et souffla tout son atelier. Le malheureux artiste fut sauvé de justesse par une solide poutre qui maintint son lit à l’étage et se retrouva dans son lit à contempler le désastre : sa précieuse collection avait été anéantie ! « Si vous aviez connu mon « musée » de cette époque-là ! Hélas ! il n’en est pratiquement rien resté, et il m’a fallu vingt-cinq ans pour constituer celui-ci, patiemment, sous par sou… » (1). Il faut croire que le régime nazi nourrissait une haine particulière à l’égard des Marolles et de l’âme bruxelloise, à moins qu’il ne faille, plus rationnellement, s’en remettre au grand manque de précision des armes de cette époque. Quoiqu’il en soit,  ce V1 pulvérisa également la porte de la cave de Toone, alors située impasse de Varsovie (rue Haute n°184), non loin de chez Jef Bourgeois. La voûte de la cave s’effondra et pas moins de 75 marionnettes disparurent dans le sinistre.

4. Le défenseur de Toone. 

Au temps de l’enfance de Jef, le quartier des Marolles comptait une dizaine de théâtres de marionnettes que notre futur « peintre des Marolles » fréquentait avec la plus grande assiduité. Et chaque soir, ces théâtres faisaient salles combles.  On dit que le cœur de Jef Bourgeois, grand amateur de théâtre et familier de l’écrivain Michel de Ghelderode, appartenait pour moitié à son quartier et pour l’autre moitié aux marionnettes. Dans ce quartier des Marolles où une partie de la vie sociale s’organisait autour des poesjenellekelder (caves de marionnettes), comment s’en étonner ? Le plus connu de ces théâtres était, et est aujourd’hui plus que jamais, celui de Toone qui, comme nous l’avons dit, doit en grande partie sa survie au dynamisme et aux interventions de Jef Bourgeois qui le sauva plus d’une fois du désastre. Ainsi, en 1931, lorsque Toone V (Daniel Vanlandewijck) décida de bazarder ses marionnettes, Jef racheta le jeu avec l’aide financière du maître-sculpteur Marcel Wolfers, patron de Jef mais également protecteur de Toone. Finalement, Toone V les récupéra pour à nouveau les vendre, mais cette fois, à des brocanteurs. C’est là que Jef Bourgeois va alerter l’opinion publique et créer, avec Wolfers et Dupierreux, l’association des « Amis de la Marionnette ». Celle-ci loua une cave rue Christine, alors que Jef entreprenait de racheter les armures des marionnettes et le « Lion de Flandre », vendu par Vanlandewijck. En 1932, c’est le facétieux Jef qui tenait la corde du rideau qui se refusait obstinément à tomber sur la « représentation scandaleuse » conspuée à l’époque par les puritains : on y voyait Woltje s’activer avec énergie dans un lit également occupé par une mokske de son choix ! Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela fit parler de Toone ! En 1937, c’est Jef Bourgeois qui fournit à Toone VI-Welleman, le matériel nécessaire pour assurer la succession des Toone V. C’est Jef encore qui, avec José Géal (Toone VII), écuma tout Bruxelles pour trouver une maison pour les marionnettes, expulsées des Marolles par la promotion immobilière, en 1963. Comment s’étonner, dès lors, que parmi tous les titres qu’on lui a donné, c’est celui de « Conservateur du Musée de Toone » que Jef Bourgeois préférait.

Eric TIMMERMANS

Bruxelles, le 23 juillet 2012.

Sources : « Bruxelles, notre capitale, Louis Quiévreux, PIM-Services, 1951, p. 120-121, 257 / « Ils ont choisi Bruxelles », Daniel-Charles Luytens, Noir Dessin Production, 2004, p.51 & 103 / « Jef Bourgeois, le peintre des Marolles », Marcel Vermeulen, Le Soir, 27/04 – 28/04/1969 (1) / Toone et les marionnettes de Bruxelles, A. Longcheval et L. Honorez, Paul Legrain, 1984, p. 111, 117-119 / Traditions de Bruxelles, Alain Viray, Marabout, 1979, p. 127.

DEMONOLOGIE ET SUPERSTITIONS EVEROISES (Evere)

                     

Saint Vincent.

 DEMONOLOGIE ET SUPERSTITIONS EVEROISES (Evere)

« A chaque époque correspond un folklore, la guerre de 1914-1918 a hâté la fin de celui qui était réellement une manifestation de l’âme populaire et celle que nous vivons est encore plus impitoyable en ce sens, il faut bien le constater. Le rythme actuel de la civilisation procède d’une uniformisation dont les effets se font déjà profondément ressentir et qui ne sont pas toujours pour le plus grand bien de l’humanité. » (Esquisse d’une Monographie de la Commune d’Evere (lez-Bruxelles), Chapitre XIII, Maurice Dessart, p. 207)

1. La mare aux diables de Saint-Vincent.

 1.1. Origine de l’église Saint-Vincent.

Le village originel d’Evere s’est développé autour de l’église Saint-Vincent. On nomme aujourd’hui cette partie d’Evere le « bas Evere » ou le « vieil Evere », par opposition avec le « haut Evere », organisé, lui, autour de l’église Saint-Joseph édifiée au début du 20ème siècle. La première chapelle d’Evere, elle, dont l’actuelle église Saint-Vincent est l’héritière, date du 7ème siècle, mais l’histoire de l’église, entre cette période et celle de l’édification de la tour, au 13ème siècle, nous est pratiquement inconnue. On sait cependant que Saint-Vincent entra parmi les biens du chapitre de Soignies, en 1120.

 1.2. Possédés ou…aliénés ?

 L’on s’en doute aisément, l’église Saint-Vincent a été édifiée dans un environnement qui resta très rural jusqu’à une époque récente, or, on le sait également, c’est là un cadre propice aux légendes. Ainsi, le marais, aujourd’hui asséché, qui se situait non loin et en face de l’église Saint-Vincent, eut-il longtemps mauvaise réputation. On crut longtemps qu’une armée de diables, commandée par Lucifer lui-même, hantait les lieux. Entre 1920 et 1925, l’on prétendit même qu’une rixe y avait mal tourné –blessure grave ou décès, vraisemblablement-, aussi les villageois prenaient-ils garde d’éviter d’approcher de ce lieu, la nuit tombée, d’autant qu’il était alors situé à proximité d’un asile d’aliénés. Les éventuels cris et gémissements qui pouvaient s’échapper d’un tel établissement, voire l’évasion de certains de ses pensionnaires, ont peut-être contribué à renforcer la réputation démoniaque du vieux marais, et ce à une époque où les superstitions étaient encore très vivaces. Rappelons que les malades mentaux furent longtemps assimilés à des « possédés du démon » et que, même après le développement d’une approche médicale et scientifique des troubles psychologiques, les conditions d’internement demeurèrent particulièrement dures et sordides. Ainsi, « en 1880, à la suite de multiples décès déplorés dans la maison des aliénés, la commune fut obligée d’aménager un cimetière dans la rue Saint-Vincent » (Evere – Guide des communes de la Région bruxelloise, p. 19). Quoiqu’il en soit, inutile de préciser que l’on recommandait bien aux enfants de ne pas s’approcher de la « zothuis » (maison de fous) et du marais, afin d’éviter de tomber dans les griffes de Lucifer…

 2. Le mannequin satanique de la rue Kerkebeek.

Jadis, un mannequin de bois – probablement un épouvantail- était planté à la limite du marais susmentionné et d’une parcelle cultivée, à proximité de la rue de Kerkebeek. On disait alors que ce mannequin n’était autre que le membre d’une confrérie secrète qui avait été figé dans cette position pour avoir révélé certains secrets. Il devait, durant une certaine période, rester sous cet aspect et dans cette pose et ne pourrait retrouver sa forme humaine que par un contact direct –inscription de signes cabalistiques, apposition des mains- avec un autre membre de sa secte. L’on disait aussi que le simple fait de regarder ce mannequin pouvait être dangereux. Encore un endroit que, l’on s’en doute, on évitait avec soin…

 3. La « corneille noire » de la rue de Paris.

A la rue de Paris (près de la rue Gustave Norga) vivait naguère une femme étrange, grande, mince, les cheveux noirs, les yeux noirs et également toujours habillée de noir. On l’avait donc surnommé « de zwette krooi » (la corneille noire) et elle avait la réputation de porter le « mauvais sort ». Qu’une personne tombe malade, qu’une autre décède, les soupçons de la population villageoise se portaient sur elle aussitôt. Aussi, les gens l’évitaient-ils, quant aux commerçants, ils répugnaient à la servir. Les enfants, eux, auxquels, quand elle en avait l’occasion, elle portait un intérêt que d’aucuns considéraient comme suspect, avaient reçu pour consigne de ne s’en méfier et de ne point s’en approcher. Bref, la « corneille noire » était, aux yeux de tous, la « sorcière » de la rue de Paris. Ceci dit, bien malin celui qui aurait été capable de dire ce que l’on reprochait concrètement à cette pauvre femme. Le décès de son mari ? Qu’y pouvait-elle ? Le fait qu’on ne la rencontrait, le plus souvent, qu’à la nuit tombée ? Mais comment ne pas vouloir se dérober au regard d’une populace aussi hostile ? Son intérêt pour les enfants ? Quoi de plus naturel, lorsque l’on se trouve condamné à la solitude par la cruauté et la sottise des adultes. Cette personne vivait, si j’ai bien compris Monsieur Dessart, dans la première moitié du 20ème siècle. Trois ou quatre siècles plus tôt, sans doute n’aurait-elle pas échappé à l’accusation de sorcellerie et au bûcher inquisitorial, à laquelle la destinaient la superstition religieuse et la bêtise humaine.

 4. La poule sacrificielle.

Certes, les habitants d’Evere n’ont jamais été des adeptes du « vaudou ». Ils n’en n’ont pas moins procédé, dans le passé, à des sacrifices de volailles. Ainsi, à l’occasion du mardi-gras, était organisé ce que l’on nommait le « jeu de la poule ». Voici en quoi il consistait. On attachait l’animal par les pattes au fond d’un panier alors que seules sa tête et la partie supérieure du corps restaient visibles. Le panier était suspendu à une corde tendue et le « jeu » pouvait commencer. Un homme, monté sur une chaise, bandait les yeux des participants et des participantes qui, armés d’un couteau, devaient tenter de trancher le cou de la poule. Inutile de dire que leurs coups étaient des plus imprécis et que le martyre de l’animal pouvait s’éterniser. A Evere, cette pratique cruelle fut abolie peu avant 1914.

 Eric TIMMERMANS

Bruxelles, le 11 juillet 2012.

 Sources : Esquisse d’une Monographie de la Commune d’Evere (lez-Bruxelles), Chapitre XIII, Maurice Dessart, Le Folklore brabançon, Juin 1961, p. 202-205, 209-210/ Evere, Guide des communes de la Région bruxelloise, Groupe CFC-Editions, 2006, p. 14-21.