Bafonistes

 

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Photo A

La vue depuis la future rue Royale, sur les taudis des Bas-Fonds, déplaissait fortement, c’est pour quoi la décision fut prise en janvier 1836, de construire un marché, « dont l’exécution devrait faire disparaître le hideux emplacement de la maison des orphelins, d’un si pénible souvenir ». Peut-on lire dans LE BELGE en janvier 1836.

 

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Photo B

Et voilà le travail, avouons que celà a de l’allure !

 

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Photo C

Voilà, dans toute sa réalité, le paysage authentique d’une partie des Bas-Fonds, que les générations de Bruxellois ont ignoré superbement, à quelques mètres de la rue Royale. A NE PAS CROIRE.

Aujourd’hui,(2012) les habitants ont depuis longtemps disparus pour laisser place  la cité Administrative (horrible bazar)

Photos A,B,C – Jacques DEBRUCQ.
 

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Photo 1

Encore une belle photo de famille, que Marcel VAN ROSSEM nous fait voir.

Les Bafonistes posent devant les géants Mieke et Janneke ?
Ils sont sur la place du Marché du Parc et parmi eux se trouvent Jacques GOTS, papa de Claudine (beau yeux) ex femme de Marcel VAN ROSSEM.
A remarquer la tenue des participants.

 

Waille zijn bafoniste geboren
van de Marolle gin vervait
tegen ons zijn zeule verlore
Eme  gy woupes me smaiten mi en chik (bis)
(Sur l’air de la Marseillaise)

 

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Photo 2

Jacques Godts est sur la photo 2 en A3 et sur la photo 4 en A3 aussi

 

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Photo 3

Le papa de Marcel VAN ROSSEM (en GI), lors de Meiboom.
La photo est prise derrière la Bourse de Bruxelles.

 

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Photo 4

A2 Jean Bata – A3 Jacques Godts – A4 Adrien Dechryver etLouis Dequenne oncle Jacques Godts.

 

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Photo 5

Des jeunes Bafonistes endimanchés — Quelle Classe.
A3 Jean Bata –  A5 Adrien qui est le frère de Maurice Dechryver

 

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Photo 6

A1 Louis Wouters – A3 Antoine Wouters

 

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Photo 7

A3 Jean Bata – A4 Flup –  A5 Jacques Godts –  B1 Adrien Dechryver et Maurice Dechryver – B7 Pierre Verbeeck

 

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Photo 8

Henri A1 (alias Tahi) A2 Antoine Wouters (alias Toine) A3 Jacques Godts père de Claudine « beau yeux »

 

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 Photo 9

 

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Photo 10

A1 Pierre Verbeeck –  A2 Jean Bata – A3 Maurice Dechryver – A4 la maman des Frères Dechryver –  A5 Adrien Dechryver, dans les années 50.

 

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Photo 11

 

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Photo 12

 

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Photo 13

 

 

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Photo 14

 

Local du Meiboom en 1989 à St Joste-ten-Noode
A1 Marcel – A2 Alice – A3 Claudine – A4 Jean Baeckart – A5 Antoine alias « Toine »   – A6 Henri alias « Boule » – A7 « Moumour ».

 

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Photo 15

Retrouvaille d’amis des Bas-Fonds à une terrasse
A
1 Jean Bata –  A5 Pierre Verbeeck.

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Photo 16

 

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Photo 17

Août 1955 Meiboom, Jacques Godts.

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Photo 18 

 

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Photo 19 

 

 

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Photo 20 

 

 

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 Photo 21

A1 Henri Dehenain, papa de Marie-Josée – A3 Louis Wouters – B6 Jean Bata

 

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Photo 22 

 

 

 

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Photo 23 

 

 

 

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 Photo 24

 

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Photo 25
Voyage à Paris (France) 

 

A1 Titine, Jacques Godts ( les parents de Claudine beau yeux ) Clairette , Nicole, Elise les soeurs de Jacques

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 Photo 26

 

 

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Photo 27 

 

 

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Photo 28 

 

B 2 Henri Dehenain ( alias dicke Ree )

Les Dehenain une famille formidable, je les ais très bien connu, Jean alias « Jeanbrette », François, alias « Chat Bichou », Irène, et bien sur tous les enfants ( Marie-Josée, Françoise, Lisette, Liliane, Paul, Jef, patrick etc. etc.

 

 

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 Photo 29

 

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Photo 27

 

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Photo 28

 

A1 Jean Tranquille (nouveau président des Compagnons St Laurent)
A2 Angelo – A3 Henri,  alias « le boule »

 

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Photo 29

 

 

 

 

Bonjour , cliquez sur le lien un sujet sur le blog : Souvenez-vous Jean Beken ancien président des compagnons de Saint Laurent http://bruxellesanecdotique.skynetblogs.be/apps/search/?s=Jean+beken »

 

 

 

 

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Charles Rogier, l’un des fondateurs de la Belgique indépendante.

 
Charles Rogier, l’un des fondateurs de la Belgique indépendante.

 

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Photo de Pierrot Heymbeeck – juillet 2013.

Bonjour les amies et amis, je suppose que vous connaissez tous  la statue de la place de la Liberté.

Mais est ce que vous savez ce que les basfonistes disaient en  voyant la statue ?

Comme vous voyez la statue a du papier dans la main gauche ! Et de la mains droite il montre un endroit !  Alors les Bafonistes disaient ;

Awel,   » Hé es papé en doe moï schaiete »

« Ici du papier et là, tu dois chier »

Merci à Titi

La rue du Canon

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Photo 1

Ketjes, de la rue du Canon, réunis pour immortaliser  le jour de la première communion d’un des leurs.

 

 

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Photo 2

La rue du Canon,en 1971 une vue sur la rue du Canon, sa fin de vie est proche, dans le fond la rue aux Choux.

 

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Cette fois la rue du Canon en direction de la rue de la Blanchisserie.
La photo est prise de la rue au choux, dans les hauteurs on distingue la tour Rogier, la pub « MARTINI ».

 

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Photo 3

 

 

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Photo 4

 

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Photo 3, 4. et 5

la ferme de la famille Vandergoten, dans cette mème rue du Canon, tout près de l’église du Finistère. Les fermiers passaient encore en 1930 rue Neuve avec leur troupeau de chèvres,mais ils étaient devenus une curiosité anachronique, à tel point que le journal « LE SOIR » avait consacré un reportage.

   

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Photo 6

Madame Ryserhove (82ans), la dernière habitante de la rue du Canon, tint tête plus de 10 ans aux expropriateurs.
Source :
Les Rues Disparues De BRUXELLES – Jean d’Osta.

 

Colonne du Congrès

 

 

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roi au congrès

 Le premier Roi des Belges et la couronne qu’on aperçoit au pied de sa statue en haut de la Colonne du Congrès.

 

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Léopold 1er

 

 

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Sur fond de paysage bruxellois,la même couronne photographiée..de dos.Document rare car l’intérieur de la Colonne du Congrès,NE SE VISITE  PLUS! 
Ecrit par Jef.

 

francine, est un jour montée là tout en haut, avec le Patronnage de la Marolle.

 

 

 

Colonne 2

 

 

La Colonne du Congrès
Haute de 47 mètres elle est érigée en 1850.
Cette oeuvre de Poelaert est surmontée d’une statue de 4 mètres 70 représentant Léopold I(oeuvre de Guillaume Geefs).
La Colonne immortalise le Congrès National de 1831 qui proclama la Constitution belge.
Au pied du monument brûle la flamme éternelle,hommage au Soldat Inconnu de la Première Guerre Mondiale(1914-1918)et aux héros de la guerre 1940-1945.

 

 

 

Hôpital Saint-Jean-au-Marais

 Hôpital Saint-Jean

 

Vu du Botanique

Photo 1

 

 

Saint  Jean du Marais

Photo 2

 

Eglise 2

Photo 3

 

 

St jan bis

Photo 4

Jean Heymbeeck, est décédé dans cet Hôpital, suivi 6 mois après de son épouse Catherine Van Moortel, âgée de 40 ans.

 

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Photo 5

 

Saint Jean II - merci à Jef vandevossentrout

Photo 6

 

Saint Jean

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Hôpital Saint Jean en 1930
Salle de garde

 

 

Saint Jean 2

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La Lingerie en 1930

 

Le Meyboom

LES FESTIVITES « BAFONISTES » DU MEYBOOM
ET LA  DISCORDE DES ARBALETRIERS

 

 

« Le folklore et les traditions doivent rester ce qu’ils sont : un regroupement de personnes qui défendent corps et âmes leurs origines et leurs ancêtres tout en préservant les traditions, certes parfois dictées par des événements locaux, et à mettre dans un contexte économique et social de l’époque. Il n’en reste pas moins que ces traditions et ces fêtes sont tout d’abord populaires à souhait et reflètent le besoin qu’ont les gens de se retrouver ensemble, de faire la fête, le temps d’oublier un peu les dures réalités de la vie. » (www.meyboom.be « Louvanistes v/s Bruxellois »).

 

 

1.La plantation du Meyboom.

 

Chaque année se déroule à Bruxelles une cérémonie essentielle de la tradition bruxelloise : la plantation du Meyboom. Chaque 9 août, l’arbre destiné à la cérémonie du Meyboom est, de nos jours, prélevé en Forêt de Soignes. Mais il n’en fut pas toujours ainsi. Au début des années 1950, le journaliste Louis Quiévreux apprit par le brasseur Jean-Louis Koopman, président des Compagnons de Saint-Laurent, que l’arbre du Meyboom était alors abattu à Diegem, dans la périphérie immédiate de Bruxelles. A cette époque, M. Koopman faisait, depuis 45 ans, partie de la société chargée de perpétuer la tradition de la plantation du Meyboom, à l’angle de la rue des Sables et de la rue du Marais,

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Photo 1

 

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Photo 2

et c’est en cette qualité qu’il affirmera que l’arbre cérémoniel, « le plus souvent un bouleau ou un peuplier, est abattu, à Dieghem, dans le château Marga. M. Marga, ancien président d’honneur des Compagnons de Saint-Laurent donna, par testament, paraît-il, le droit aux Compagnons de choisir, tous les ans, le Meyboom, dans sa propriété. Naguère, après la plantation, l’arbre demeurait debout pendant six semaines. Elles ont été réduites à trois à cause des difficultés de la circulation. » (Bruxelles, notre capitale, L. Quiévreux, P. 119-120). Aujourd’hui, l’arbre ne reste planté que quelques heures, circulation automobile oblige ! Quoiqu’il en soit, le 9 août, dès l’aube, ce sont les valeureux Bûûmdroegers (les porteurs de l’Arbre) qui donnent le ton. Sous la direction de Toine, alias Antoine Wouters (petit-fils de Krumme Baptiste ; il a été remplacé depuis peu au poste de président, par Jean « Tranquille » Vanderhaegen), le groupe de porteurs va chercher l’Arbre dans la forêt de Soignes, avant de sillonner les communes de Schaerbeek et Saint-Josse-ten-Noode, puis de parvenir enfin à Bruxelles-Pentagone. Mais leur périple est alors loin d’être terminé. A 13h, hommage est rendu aux Compagnons disparus, au quartier des Bas-Fonds et aux enfants du quartier mort pour la patrie. Vingt minutes plus tard, le cortège se forme au coin de la rue du Marais et de la rue des Comédiens. Quinze minutes plus tard, le cortège s’ébranle. Il remonte la rue Fossé-aux-Loups puis passe par la place de la Monnaie, la rue des Fripiers, la rue de Tabora, la rue du Midi, la rue du Lombard, la rue de l’Etuve d’où il gagnera la Grand Place par l’entrée de la rue de l’Amigo.  A 14h45, commence le défilé de la Grand Place via les rues Chair et Pain (qui devrait s’appeler la rue au Poivre, mais c’est une autre histoire !), Marché-aux-Herbes, de la Fourche, de l’Ecuyer, du Marché aux Herbes Potagères, pour revenir au coin de la rue des Comédiens et de la rue du Marais, afin d’y préparer, à 16h30, la plantation du Meyboom. Celle-ci doit être impérativement réalisée, au coin de la rue du Marais et de la rue la rue des Sables, avant l’heure fatidique de 17h. Mais, me dira-t-on peut-être, voilà qui est bizarre : planter un « arbre de mai » en plein mois d’août ! C’est que le Meyboom, pour être un « mai », comme on dit, est aussi et surtout un « arbre de joie » ! En outre, un « arbre de mai » ne se plante pas forcément durant le joli mois du même nom.

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Photo 3

2. Le cortège du Meyboom.

 

A tout seigneur tout honneur, nous avons évoqué en premier lieu les Bûûmdroegers, les porteurs de l’Arbre du Meyboom et leur périple. Mais ils ne sont pas, loin s’en faut, les seuls protagonistes du Meyboom :

 

-La Fanfare du Meyboom : On peut à peine s’imaginer aujourd’hui ce que seraient nos fêtes populaires sans la Fanfare du Meyboom. Celle-ci fut créée, en 1958, à l’initiative de Paul Croeckelenbergh. De nos jours, c’est sa fille, Marthe Croeckelenbergh, qui a repris le flambeau. Avec ses amis musiciens, elle perpétue la tradition de la Fanfare du Meyboom, non seulement lors des cérémonies du Meyboom, mais également à l’occasion d’autres fêtes populaires bruxelloises. Ainsi la connait-on également sous les noms de « Fanfare Bruegel » et de « musique des Volontaires de 1830 ». 

 

 

 

-La Roue de la Fortune : Le cortège du Meyboom comprend aussi la Roue de la Fortune ou « Rad van’t forteun ». Il s’agit d’un genre de « char » composé d’un traineau et d’un axe central scié en biais. Sur ledit axe repose une roue qui est en contact avec le sol, du côté gauche de l’équipage. L’ensemble est tiré par un cheval et lorsque la structure est mise en mouvement, la roue tourne dans le sens opposé à celui des aiguilles d’une montre. Sur la roue, se tiennent trois couples de mannequins qui représentent les trois classes de la société traditionnelle : la noblesse, la bourgeoisie, et le peuple (le clergé est ici ignoré, peut-être parce qu’il y avait quelques difficultés à le représenter en couple ?). Ce char symbolisant la Fortune, c’est-à-dire non pas la richesse mais les aléas de l’existence, n’aurait  semble-t-il trouvé place dans le Meyboom qu’au début des années 1880. La Roue de la Fortune est également régulièrement présente lors de l’Ommegang.

 

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Photo C

La Roue de la fortune
Merci à Guillaume Kekenbosch pour la photo.

 

 

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Photo A – merci à Monsieur Dossin pour la photo

 

-Le Garde Champêtre : Personnage inattendu au cœur d’une cérémonie très citadine, le Garde Champêtre (ou Champeter), représentant de l’ancienne police rurale. Il s’agit d’une tradition relativement récente qui trouverait son origine dans certaines expositions, telle la « Belgique Joyeuse » de 1910. Depuis cette année, il y a toujours eu un ou deux gardes « champeters » au Meyboom. Le Garde Champêtre accompagne traditionnellement la Roue de la Fortune. Le costume du personnage évolue selon les envies de celui qui en assume la charge.

 

-Les Poepedroegers (les porteurs de Géants) : Il semble qu’une Société de Saint-Laurent aurait racheté les géants d’une certaine « Guilde de l’Arbalète » en 1799 –nous sommes alors sous le régime français-, lors de la mise en vente de la « reuze schuere » (grange aux géants) et des géants de l’Ommegang. Pour rappel, l’Ommegang avait été interdit par le régime révolutionnaire français (qui débute en 1794) en tant que symbole de l’Ancien Régime aristocratique et clérical. Mais en 1810, la République a cédé la place à l’Empire, et la Société de Saint-Laurent participe au cortège organisé par la Ville de Bruxelles, à l’occasion du mariage de Napoléon et de Marie-Louise. Et il en sera de même, l’année suivante, pour la naissance du Roi de Rome (l’Aiglon), de même que pour l’anniversaire de l’Empereur. Sous le régime hollandais (1815-1830), par contre, la Société de Saint-Laurent disparaît et les géants sont déclarés biens communaux. A la fin des années 1830, la Société tentera bien de récupérer ce qui subsiste du matériel de l’Ommegang, mais sans succès. La Ville hérite définitivement des Géants et les prêtera, durant tout le 19e siècle, pour les cérémonies du Meyboom. Sur ce, la Société de Saint-Laurent décida de confectionner ses propres géants, à l’image des figures gigantesques et populaires de l’ancien Ommegang. En 1852, il semble que les géants Mieke (ou Meeke) et Janneke soient clairement identifiés dans le cortège. En 1868, les géants apparaissent en mauvais état et doivent faire l’objet d’une réfection. Dans les années 1970, la Société Royale des Compagnons de Saint-Laurent décidera d’habiller ses géants de neuf, et tout particulièrement  Meeke et Janneke. Mais le public ne suivra pas et certaines rénovations devront être abandonnées.  A Mieke (habits rouges et jaunes, et tablier bleu), Janneke (un grand bébé) et Jan (habillé à la mode du 18e s., avec perruque), s’ajouteront d’autres géants : Bompa (habillé d’un sareau bleu, d’une casquette et d’un mouchoir à pois blancs) et Boma (habillée d’une robe bleue, d’une collerette de gaze noire ; elle est coiffée d’un chapeau et un tablier complète le costume), apparus durant l’entre-deux-guerres ; Rooske (habillée de rouge) et Jefke (habits noirs, jaunes, rouges et tablier bleu), apparus au début des années 1950 ;  en 1982, apparaît Pitje, le garde champêtre. Revêtus de leurs habits blancs, les Poepedroegers dansent avec leurs géants tout au long du cortège de la plantation du Meyboom. En 2005, la tradition des Géants de Bruxelles fut reconnue par l’UNESCO au titre de patrimoine oral et immatériel de l’humanité.

 

-Les Kêrstoempers : Ceux-ci ne constituent pas un groupe du Meyboom, à proprement parler. Il s’agit plutôt de personnes dont la spécialité est le maniement des charrettes de fleurs. Toutefois, depuis plusieurs années, les Compagnons de Saint-Laurent ont prévu une tenue qui permet de les reconnaître : chaussures et pantalon blancs, t-shirt vert et foulard rouge et blanc noué autour du cou.

 

-Les volontaires montois de 1790 (Révolution brabançonne), en tenue noire, blanche et rouge. On peut les voir tirer des salves à plusieurs reprises durant les festivités.

 

-Les jeunes lanceurs de drapeaux.

 

-Les Gardevils : C’est en 2001 qu’est créé le groupe des Gardevils, suite à la perturbation des cérémonies du Meyboom par un certain nombre de gêneurs. Tout au long du cortège, les Gardevils vérifient la bonne conduite du public, protègent les membres des différents groupes, de même que l’Arbre lui-même, lors de la descente de la rue des Sables. Les Gardevils sont aussi à l’origine de la journée de l’élection de Madame Chapeau. Un cortège s’étend d’abord dans les rues de Bruxelles. Ensuite, les candidats, tant masculins que féminins, au titre de Madame Chapeau, doivent répondre à des questions se rapportant à la célèbre pièce de théâtre bruxellois, « Bossemans et Coppenole ». Lesdit(e)s candidat(e)s sont alors départagé(e)s par un concours de dégustation de Gueuze et un certain nombre de questions concernant la culture bruxelloise. Un jury choisi avec soin attribue alors les points et c’est ainsi qu’est élue la personne qui correspond le mieux au personnage de Madame Chapeau, qui se verra elle-même flanquée de deux dauphines. 

 

-Les Stewards : Dans la cadre d’une manifestation politique, on les nommerait « membres du service d’ordre », dans le cas du cortège du Meyboom, on les appelle des « Stewards ». Leur présence est un signe du temps et de l’évolution des mœurs d’une certaine partie de la population bruxelloise. En 2011, les Compagnons de Saint-Laurent ont désigné des personnes motivées et aptes à gérer certaines « situations délicates » ou pour, par exemple, encadrer le flux des personnes dans la cour de l’Hôtel de Ville, surveiller le podium, etc. Travail ingrat, certes, mais grandement apprécié par les organisateurs et participants du Meyboom qui peuvent ainsi vaquer à leurs occupations ou participer à la fête. Ils méritent amplement toute notre gratitude et toute notre sympathie.

 

3. Les origines semi-légendaires du Meyboom.

 

Il est pratiquement impossible de démêler ce qui dans l’histoire des origines des cérémonies du Meyboom relève de la légende, de ce qui relève de l’histoire.  Selon le récit le plus connu, la tradition du Meyboom serait née suite à une victoire des Bruxellois remportée au début du 13e siècle, sur les Louvanistes. Nous sommes sous le règne du duc de Brabant Henri Ier (1165-1235). A cette époque, les Bruxellois fréquentaient divers débits de boissons dans des granges situées au nord de la ville, au-delà des remparts de la première enceinte, dans l’actuel quartier de la rue du Marais, que l’on nommait à l’époque « Marais aux Cygnes ». Il s’agissait plus précisément de sept auberges situées sur les bords de la Senne, au lieu-dit « La Fiancée » (« De Bruyt », en thiois bruxellois). Les Bruxellois y allaient généralement célébrer leurs noces par des festins et des danses. Cette retraite éthylique extra muros s’expliquait par le fait qu’au-delà des murs, les autorités de Bruxelles ne pouvaient pas prélever leurs fortes taxes sur les boissons alcoolisées, le lambic en l’occurrence, qu’elles exigeaient intra-muros. « Le lambic se débitait donc à prix doux aux granges du Marais. » (Histoire de l’Ancien Grand Serment Royal et Noble des Arbalétriers de Notre-Dame du Sablon, O. Petitjean, p. 17). Mais un après-midi de l’an 1213, des Louvanistes (habitants de la ville de Leuven), prévenus qu’une noce allait se dérouler hors des murs de Bruxelles, s’embusquèrent, au nombre de trois cents, dans un bois situé près d’une chapelle dédiée à saint Laurent. Les mariés et leurs convives, ne se doutant de rien, commencèrent à festoyer, lorsqu’ils virent soudain que l’auberge était entourée d’ennemis. Cette auberge portait le nom de Het Cattenhuys (La Maison des Chats) ou Kattenberg (Mont des Chats) et les convives s’empressèrent de s’y barricader. Ils faillirent toutefois succomber sous le nombre des adversaires et auraient certainement été massacrés, si deux d’entre eux n’étaient parvenus à gagner la ville pour aller chercher du secours. Sur ce, les Bruxellois prirent les armes et, avec l’aide particulièrement rapide et efficace des arbalétriers, défirent les Louvanistes qui refluèrent en déroute, voire, dit-on, furent taillés en pièces jusqu’au dernier. Mais qu’était-ce donc exactement que cette « Cattenhuys » ? Il s’agissait  d’un genre de guinguette que l’on nommait « grange », sans doute, tout simplement, parce qu’il s’agissait d’une grange transformée en auberge. Son histoire n’est toutefois pas exempte d’éléments légendaires. Ainsi dit-on par exemple « que la maison des Chats devint depuis le chœur de la chapelle des Espagnols, aux dominicains, et qu’on y vit jusqu’au bombardement [ndr : de 1695], des sculptures en pierre représentant des chats de trois ou quatre pieds de hauteur. Des erreurs aussi matérielles se réfutent d’elles-mêmes. » (Histoire de la Ville de Bruxelles, A. Henne et A. Wauters, p. 50). La tradition du Meyboom se situe à mi-chemin entre l’histoire et la légende. Ainsi, selon les versions, la bataille de la Cattenhuys aurait aussi bien pu se dérouler en 1143, qu’en 1308 ; le problème n’aurait pas été une question de taxe mais le mariage d’un Bruxellois avec une Louvaniste qui aurait tourné court ; ce sont des Gantois qui auraient été repoussés et non des Louvanistes. Bref, ce ne sont pas les variantes qui manquent et bien malin celui qui pourra, d’un point de vue historique, affirmer définitivement quelle est la bonne !

 

3. Le Marais aux Cygnes et la discorde des arbalétriers.

 

3.1. Des arbalétriers au « Marais aux Cygnes » avant 1213 ?

 

Traditionnellement donc, le Meyboom doit être planté avant 17h, le 9 août, soit la veille de la Saint Laurent. Mais pourquoi à cette date, précisément et quel rapport avec saint Laurent ? Dans les parages du « Marais aux Cygnes » se dressait une chapelle dédiée à saint Laurent. On suppose que des hommes devaient se rassembler régulièrement dans cet endroit, situé au 13e siècle, hors des murs de Bruxelles (1ère enceinte), pour s’exercer au tir à l’arbalète. Et ce seraient eux qui, les premiers, auraient paru pour repousser les assaillants de la Cattenhuys. Nous sommes là, faut-il le dire, dans le domaine de la tradition orale. Il est probable que des arbalétriers s’exerçaient au tir, à cet endroit : « On connaîtrait bien mal les Bruxellois, si l’on doutait que ces soldats citoyens, tous volontaires en tant qu’arbalétriers, ne donnaient pas, dès le début, à leurs exercices fastidieux d’entrainement, le caractère d’un divertissement en disputant entre eux, à la flèche la mieux placée, l’enjeu d’un pot de faro ou de lambic. Les autorités communales elles-mêmes veillaient à rendre ces exercices agréables en faisant des concours dotés de prix et de récompenses. Les arbalétriers qui se rencontraient fréquemment pour les joutes courtoises formaient ainsi, en-dehors des exercices obligatoires de la milice, une association de fait pour leur agrément. » (Historique de l’Ancien Grand Serment…, O. Petitjean, p. 16). Ces arbalétriers se sont-ils regroupés dans une gilde avant même les événements de 1213 ou le grand serment des arbalétriers a-t-il été constitué au lendemain des événements de 1213 ? Historiquement, rien n’est certain. L’histoire de la création du grand serment « ressemble à celles que renferment les traditions, l’époque de l’institution du grand serment que les historiens de Bruxelles ont placée en 1213, est encore ignorée, mais il est positif que cette société existait antérieurement à cette date. » (Histoire de la ville de Bruxelles, t.1., A. Henne et A. Wauters, p.50). Peut-être serait-il plus exact de dire qu’il est probable que des hommes s’entraînaient au tir à l’arbalète avant 1213, dans les parages du « Marais aux Cygnes », extra-muros donc, mais qu’il n’est pas pour autant possible d’affirmer avec certitude, faute de preuves écrites, qu’ils étaient réunis dans une gilde. Et il est plus aléatoire encore de vouloir attribuer le patronage de ladite gilde à saint Laurent !

 

3.2. Les arbalétriers de Saint Georges contre ceux de Notre-Dame !

 

Il existe aujourd’hui deux sociétés d’arbalétriers à Bruxelles : l’Ancien Grand Serment Royal et Noble des Arbalétriers de Notre-Dame du Sablon et le Grand Serment Royal et de Saint-Georges des Arbalétriers de Bruxelles. Le premier cité, le Grand Serment de Notre-Dame du Sablon, prétend trouver son origine dans les événements de 1213 et revendique son droit d’aînesse. Selon cette tradition, la victoire des arbalétriers à la Cattenhuys permit à soixante d’entre eux –pas un de plus !- d’être élevés au rang de gilde ou, plus précisément, de serment, ce qui leur permit désormais de jouir d’une grande considération et de moult privilèges. Le Grand Serment du Sablon s’est toujours réclamé de cet héritage « noble » -le qualificatif apparaît d’ailleurs dans sa dénomination complète-, alors que les arbalétriers de Saint-Georges s’inscrivent traditionnellement dans une évolution plus « populaire », plus « démocratique ». Celui-ci rétorque que l’ancienneté revendiquée par le Grand Serment du Sablon ne repose que sur une tradition orale, alors que le serment de Saint-Georges peut se prévaloir d’une tradition ne remontant, certes, quant à elle, qu’à 1381, mais reposant sur des écrits tangibles (il sera définitivement établi dans ses droits en 1388). Que nenni, répondent ceux du Sablon ! Selon la volonté du duc de Brabant, des arbalétriers extérieurs à la gilde d’origine auraient, vers 1314, commencé à rejoindre massivement cette dernière qui portait alors le nom de Serment de Notre-Dame et de Saint-Georges. Les rivalités entre arbalétriers, dont nous épargnerons les détails au lecteur, n’en continuèrent pas moins à empoisonner leurs relations, tant et si bien, disent les uns, que les arbalétriers « extérieurs » (« hors des soixante »), ont décidé de constituer une autre gilde, celle de Saint-Georges, ceux du Sablon abandonnant définitivement cette dénomination pour ne garder que celle de Notre-Dame ; nullement, répondent ceux de Saint-Georges, il n’y a aucune trace écrite de création d’une gilde avant 1381, nous étions donc les premiers ; nous sommes l’Ancien « grand serment », alors que Saint-Georges n’est que le « petit serment » disent ceux du Sablon.

 

 

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Le  local de la Gilde de Saint-Georges se trouvait en 1881 rue des six-Jetons au Jardin aux Fleurs.
Œuvre du peintre Ernest Van den Broeck. (MVB)

 

3.3. L’année-clé de 1381.

 

Bref, nous n’irons pas plus loin dans notre tentative, de toute évidence vaine, de démêler l’écheveau des relations entre nos arbalétriers qui, encore tendues dans la seconde moitié du 20e siècle ( !) seraient aujourd’hui devenues plus cordiales, ce dont nous ne pouvons que nous féliciter ! J’ai lu la brochure de M. Petitjean concernant le Grand Serment du Sablon, j’ai écouté récemment M. Demarbaix, du Grand Serment de Saint-Georges et j’ai également visité les sites des deux serments, et sans avoir la prétention d’avoir pu résoudre tous les mystères de l’histoire des arbalétriers de Bruxelles, j’espère ne point paraître avoir pris le parti de l’une des deux thèses, ce qui dépasse très largement ma compétence ! Pour résumer disons que dès 1381, deux serments d’arbalétriers coexistent à Bruxelles, celui de Notre-Dame du Sablon, église qui se trouve au cœur, comme on le sait, de la tradition de l’Ommegang, et ceux de Saint-Georges. Les arbalétriers de Notre-Dame du Sablon s’exerçaient au tir à l’arbalète dans l’enclos dit du Fossé-aux Chiens (rue Terarken, futur Jardin des Arbalétriers, aujourd’hui disparu), alors que les arbalétriers de Saint-Georges s’exercèrent quatre siècles durant dans le fossé qui longeait le pan de rempart de la première enceinte, à la rue des Alexiens. L’école Sint-Joris (Saint-Georges) tient d’ailleurs son nom de ce fait historique. On retrouvera également les arbalétriers de Saint-Georges au Jardin aux Fleurs. Pour en savoir plus, il est possible de visiter les sites des deux serments repris sous rubrique.   

 

3.4. Les arbalétriers organisateurs du Meyboom.

 

En 1381, les arbalétriers –ceci dit pour simplifier !- se voient octroyer, par le duc de Brabant, la possession de la Chapelle et de l’Hospice Saint-Laurent  situés dans les parages du Marais aux Cygnes. Jusqu’à la Révolution (1794), ils organisèrent également la cérémonie du Meyboom : « Néanmoins, il [le Grand Serment des Arbalétriers de Notre-Dame du Sablon] organisa régulièrement chaque année la procession que, de très vieille tradition, la Gilde du Marais faisait sortir chaque 10 août, pour la fête de saint Laurent. Il fournit toujours le « meyboom » qui traditionnellement se plantait de jour-là au marais et qui se plante encore aujourd’hui à pareille date. » (Historique de l’Ancien Grand Serment Royal et Noble des Arbalétriers de Notre-Dame du Sablon, O. Petitjean, p. 23). Si M. Petitjean attribue la plantation du Meyboom aux arbalétriers de Notre-Dame du Sablon, le 10 août –on notera au passage l’anachronisme, le Meyboom étant planté le 9 août et non le 10 août-, jour de la Saint-Laurent, ceux de Saint-Georges affirment que leur serment ayant été constitué dans les années 1380, ils purent, à ce titre, acquérir le droit de planter le Meyboom. De fait, à proximité du bois où, selon la tradition, se serait embusquée, en 1213, la soldatesque louvaniste, se dressait une chapelle dédiée à saint Laurent.

 

4. Le Meyboom et la Confrérie des Compagnons de Saint-Laurent.

 

4.1. Saint-Laurent : une société arbalétrière ou hospitalière ?

 

La chapelle Saint-Laurent dépendait d’un hospice établi à cet endroit (emplacement actuel de l’annexe de la Banque Nationale de Belgique, à proximité de l’endroit où se croisent les rues de Ligne, de la Banque et du Bois Sauvage) depuis des « temps immémoriaux », et était tenu par une confrérie de bienfaisance. Cette institution attirait de nombreux pèlerins qui se rendaient dans les plus hauts lieux de la chrétienté : Rome, Saint-Jacques de Compostelle, voire Jérusalem. La relation entre la tradition du Meyboom et l’histoire des arbalétriers, nous le voyons, est particulièrement forte. Pourtant, si une Confrérie des Compagnons de Saint-Laurent encadre bel et bien, aujourd’hui encore, les cérémonies du Meyboom, elle n’apparait nullement comme une société d’arbalétriers, bien que certaines voix commenceraient à s’élever pour revendiquer cet héritage, ce qui ne serait guère apprécié par les serments d’arbalétriers existants ! De fait, ne confond-t-on pas ici deux notions ? Les Compagnons de Saint-Laurent sont, de toute évidence, issus d’une tradition hospitalière et philanthropique,  et non arbalétrière et guerrière, même si d’aucuns se plaisent à évoquer l’existence passée d’une « Gilde des Arbalétriers du Marais ou de Saint-Laurent » . Mais sans témoignages écrits, comment pourrait-on accréditer la thèse de l’existence d’une gilde d’arbalétriers, éventuellement rattachée à l’oratoire de Saint-Laurent, avant 1381 ? Encore quelques beaux et houleux débats en perspective, si cette tendance à se réclamer d’une tradition arbalétrière dans le Meyboom devait se vérifier !

 

4.2. La plantation du Meyboom : des origines à 1880.

 

Selon la tradition, le Meyboom fut planté la première fois le 9 août 1308, époque à laquelle les héritiers des vainqueurs de la Cattenhuys (Gilde de Saint Laurent ou autre), auraient (théoriquement) commencé à exercer ce droit. Et voilà pourquoi nous venons de réaliser la 705e plantation du Meyboom, en cette année 2013, alors que l’on aurait pu tout aussi bien célébrer le 800e anniversaire de la bataille de la Cattenhuys, en 1213 ! Mais n’oublions pas que nous sommes là entre histoire et légende ! Pour ce qui est des siècles suivants, les informations qui nous sont parvenues à propos du Meyboom, apparaissent rares et fragmentaires. Elles prouvent cependant que la plantation était d’usage en 1597, 1635 et 1648, année durant lesquelles la Chambre des Comptes autorise les habitants du quartier du Marais à prélever le Meyboom dans la forêt de Soignes. On sait également qu’en 1653, un accident se produisit lors de la plantation : l’arbre tomba sur des bateliers qui étaient en train de le planter et tua trois d’entre eux. Au 18e siècle, l’usage de la plantation semble toujours respecté, un bourgeois de Bruxelles éprouvant le besoin de préciser dans son Livre de Raison que le Meyboom n’a pas été planté en 1725. Bien qu’il soit signalé qu’en 1831, en raisons de difficultés économiques, on faillit bien ne pas planter le Meyboom, mais que quelques vieilles femmes de Bruxelles intervinrent pour que la tradition ne soit point interrompue, il semble que la première relation que l’on ait d’un cortège (moderne) du Meyboom remonte à 1839 : « A l’occasion de la Saint-Laurent, le Meyboom a été planté vendredi dernier, au bout de la rue des Sables, avec un appareil qui n’a point eu d’exemple jusqu’ici. Une foule immense assistait à cette antique cérémonie, dans laquelle figurait un char de triomphe monté par un grand nombre d’hommes et d’enfants des deux sexes, figurant des Grecs, des Romains, etc. Le char était traîné par quatre chevaux bien caparaçonnés, et pavoisé aux couleurs belges et françaises… » (www.meyboom.be/MB/?page_id=48). Il apparaît, en outre, que les cortèges de 1839 et de 1840, furent parmi les plus fastueux. A cette époque, le cortège fut organisé par une Société de Saint-Laurent dont on ignore toutefois la composition. Sans doute était-elle constituée de notables et de commerçants. Elle disposait de tout le matériel que la Ville de Bruxelles lui avait confié et notamment des débris de son Ommegang –les géants et quelques animaux- qu’elle n’avait pu restaurer en 1835. Ces cortèges du Meyboom furent particulièrement riches et sans doute s’est-on montré quelque peu présomptueux…financièrement parlant. Le fait est que l’on ne trouve plus trace de cette « cavalcade de Saint-Laurent » après 1840. Ceci dit, depuis au moins 1836, la cérémonie comprend une partie secondaire incluant notamment le défilé des géants et la Roue de la Fortune. On retrouve, en outre, la trace de la plantation du Meyboom en 1846, 1847 et 1848. Nous savons également que les géants Jeanneke et Mieke assisteront à la fête, en 1852. En 1853, le commissaire de la fête apparaît en habit de marquis, l’épée à la main. La famille des géants est du cortège en 1860. En 1866, l’arbre est planté en catastrophe, entre 5 et 6 heures du matin, sans que l’on sache pourquoi ! En 1870, la famille des géants se présente « au grand complet » ; la foule présente est particulièrement nombreuse. En 1880, l’arbre est dressé à 17h, avec le cérémonial requis.

 

4.3. La plantation du Meyboom : de 1880 au « drame de 1939 ».

 

C’est en 1880, qu’après moult vicissitudes de l’Histoire bruxelloises (régime révolutionnaire et impérial français, régime hollandais, création du royaume de Belgique), est constituée (ou, si l’on préfère, « reconstituée »), la Confrérie des Compagnons de Saint-Laurent , qui est officiellement reconnue par la Ville de Bruxelles, en 1883. Elle détient depuis le privilège de la plantation de l’Arbre du Meyboom et en organise toute la cérémonie, à savoir : l’Hommage au Quartier des Basfonds, la journée Académique au cours de laquelle le cortège déambule dans Bruxelles, rassemblant tous les acteurs du Meyboom. Elle organise également pendant l’année d’autres manifestations, comme la grande parade de Géants à Bruxelles, et poursuit des buts philanthropiques qui renvoient vraisemblablement à sa fonction hospitalière d’origine. Ainsi, à l’occasion du Meyboom, les Compagnons organisent-ils une fête incluant une visite des pensionnaires du home Pachéco (Grand Hospice de Bruxelles). Et chaque 9 août, un petit train est affrété par les Compagnons pour permettre à ces personnes âgées de participer aux festivités. Mais poursuivons notre relation des festivités du Meyboom au cours de la fin du 19e s. et au cours du 20e s. En 1886, la cérémonie est particulièrement animée et la foule y prend une part active. Les divers accessoires traditionnels du Meyboom sont présents lors des festivités de 1890. En 1900, on note la présence dans le cortège d’un « empereur » et de ses pages. Durant la première occupation allemande de 1914-1918, il n’y eut pas à proprement parler de plantation du Meyboom, mais une branche de sapin fut chaque année piquée dans la terre bruxelloise. Dans le cortège de 1922, on note la présence de soldats français en pantalons garance. En 1924, le cortège apparaît particulièrement fourni. En 1933, on trouve dans le défilé le « cortège nuptial ». A partir de 1937, le Tour de France est représenté au Meyboom. En 1938, scène d’ivrognerie haute en couleurs, troupe vêtue en gardes bourgeois de 1830. En 1939, les Louvanistes parvinrent à s’emparer du Meyboom, mais les Bruxellois, furieux, en appelèrent à la gendarmerie qui arrêta les voleurs à l’entrée de Louvain ! Sur ces entre-faits, un autre arbre fut abattu et planté à une vitesse record avant les 17h fatidiques !  Mais les Louvanistes, qui avaient bien organisé leur coup, prétendirent quant à eux que cette plantation ne comptait pas, vu qu’il ne s’agissait pas du vrai Meyboom. Et ainsi, le 9 août 1945, plantèrent-ils un arbre devant leur hôtel de ville ! Cet épisode de l’histoire du Meyboom est parfois nommé « le drame de 1939 ».

 

4.4. La plantation du Meyboom : de la seconde guerre mondiale à nos jours.

 

La tradition du Meyboom fut respectée durant la seconde occupation allemande de 1940-1944, même s’il fallut parfois se résoudre à ne planter qu’un arbuste à l’endroit consacré. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, et notamment en 1947, la fête reprend de plus belle ! Dans les années 1950, les cérémonies du Meyboom intègrent les éléments les plus divers, parfois étrangers à la tradition bruxelloise proprement dite. En 1958, un incident tragi-comique vient pimenter la fête : le cheval de boulanger qui tire la Roue de la Fortune s’emballe ! Mais la fin du vieux quartier des Bas-Fonds approche : le berceau du Meyboom a d’ores et déjà été totalement dévasté par les travaux de la Cité administrative. Au début des années 1960, des éléments totalement étrangers à la tradition des Bas-Fonds –les Quatre Fils Aymon, par exemple- sont intégrés et les géants sont réquisitionnés pour jouer des rôles publicitaires, voire commerciaux. En 1964 et en 1965, les « Bas-Fondistes » mettent sur pied une zwanze de taille : la veille de la Saint-Laurent, ils organisent des démonstrations dans le centre-ville et font croire à un faux vol du Meyboom ! En 1968, on adjoint au cérémonie la fanfare des « Chasseurs de Prinkères », mais on note surtout la présence de la bannière et d’une délégation du Grand Serment Royal et Noble des Arbalétriers de Notre-Dame du Sablon. Lors de la plantation de 1970, on oubliera d’exécuter le Brabançonne ! En 1974, des Louvanistes couperont l’Arbre du Meyboom choisi par les Bruxellois dans la forêt de Soignes et l’emporteront dans leur ville ; évitant de sombrer dans une querelle puérile et « clochemerlesque », non-dénuée de sous-entendus politico-linguistiques, les Bruxellois ont tout simplement planté un autre arbre. Cela n’empêcha pas les Louvanistes de revendiquer le droit de planter le Meyboom chez eux, ainsi ont-ils prétendu, en 2010, planter le 37e. Mais à Bruxelles, nous plantâmes le 705e en 2013, sans que les Louvanistes n’y puissent rien ! Trêve de plaisanteries. Retenons qu’au lendemain de l’anéantissement urbanistique des Bas-Fonds, la tradition sera sérieusement malmenée. Le besoin de sponsors, les interventions extérieures, les apparitions de plus en plus fréquentes de personnalités publiques, feront lentement glisser les cérémonies populaires du Meyboom vers la banalisation et le conformisme officiel.  L’esprit du Vieux Meyboom n’est plus, certes, et comment aurait-il pu subsister sans la population des Bas-Fonds qui en était la sève ? Les têtes grises se multiplient, la relève, pour peu qu’il y en ait une un jour, se fait attendre, certes, mais ne boudons pas notre plaisir et réjouissons-nous du fait que la tradition de la plantation du Meyboom existe toujours, malgré les nombreux aléas de l’Histoire bruxelloise récente ! Puissions-nous la maintenir le plus longtemps possible, au moins l’aurons-nous vécu !

 

5. La rue du Meyboom et la rue du Marais.

 

A Bruxelles, rien n’est simple ! Et donc on ne plante pas le Meyboom à la rue du Meyboom, mais non loin de là, au coin de la rue des Sables et de la rue du Marais, comme nous l’avons dit. La rue du Meyboom est perpendiculaire à la rue du Marais. Quant à la rue du Marais, on se plait à faire remonter l’origine de son nom au « Marais aux Cygnes » du récit semi-légendaire de la bataille de la Cattenhuys. De fait, un marais existait bel et bien à l’angle de la rue du Marais et de la rue de la Blanchisserie. Il fut par la suite transformé en un abreuvoir clos par des murs. Le marais donna son nom à un ancien cabaret, aujourd’hui disparu, de même qu’à la rue. Le terrain fut racheté par un certain Jean Simons, qui y établit une fabrique de carrosserie, qui connut son heure de gloire. Les ateliers Jean Simons s’étendaient jusqu’au rempart. Au milieu du 19e siècle, on situait aussi dans la rue du Marais, en face de la rue de la Blanchisserie, un poste de pompiers et de secours en cas d’incendie. La partie antérieure de la rue du Marais, située entre la rue Fossé-aux-Loups, d’une part,, et les rues des Comédiens et des Boiteux, d’autre part, se nommait jadis la « rue d’Or ». Elle fut ensuite baptisée « rue des Confréries », avant d’être réunie, en 1853, à la « rue du Marais-Meyboom », qui devint finalement la rue du Marais.

 

 

Eric TIMMERMANS.

 

 

Sources : Bruxelles, notre capitale, Louis Quiévreux, PIM-Services, 1951, p. 119-120 / Dictionnaire historique des rues, places…de Bruxelles (1857), Eug. Bochart, Editions Culture et Civilisation, 1981 / Histoire secrète de Bruxelles, Paul de Saint-Hilaire, Albin Michel, 1981 / Historique de l’Ancien Grand Serment Royal et Noble des Arbalétriers de Notre-Dame du Sablon, O. Petitjean, 1963 / Un arbre ancré dans la tradition, R.M. La Libre Belgique, 8-9 août 2009 / Programme du 705e Meyboom – 9/8/2013, les Compagnons de Saint-Laurent / www.arbaletriers-saintgeorges.be / www.arbaletrierssablon.be / www.meiboom.be

 

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Le Marais d’Yves Moens

         LE MARAIS D’YVES MOENS, LA RESISTANCE DES BASFONDS ET LE 705e MEYBOOM

 

  1. « Aux Bas-Fonds, ce sentiment d’appartenir à une entité était renforcée par un élément catalyseur : la plantation du Meyboom, « le jour de Janneke et Mieke », la veille de la Saint-Laurent. Aussi, nombreux étaient-ils ceux qui y préféraient la vie en taudis au confort sans âme dans de nouvelles habitations ouvrières, sises dans des quartiers où ils se sentiraient étrangers. » (www.meyboom.be , « Les Basfonds »).

 

1.Les Basfonds.

2.Un ketje des Basfonds ? Oui et non…

3.Un îlot de résistance dans les Basfonds.

4.Le 705e Meyboom.

5. « Le Marais » d’Yves Moens : l’esprit « brusseleir » préservé.

 

1. Les Basfonds.

 

Les Bas-Fonds ou Basfonds s’inscrivent, en contrebas de la rue Royale, entre la rue Montagne de l’Oratoire, la Montagne de Sion avec la caserne Sainte-Elisabeth, la rue de Schaerbeek et la rue des Epingles. Au 19e siècle, il s’agit d’un quartier populaire particulièrement malfamé et insalubre, où le typhus règne en maître. Il s’agit alors d’un îlot de taudis, de ruelles et d’impasses, domaine de la misère et de la plus sordide débauche. La prostitution apparaît d’ailleurs comme la spécialité de la rue Saint-Laurent, jusqu’en 1840 environ. Mais à la fin de la première moitié du 19e siècle, de nombreux aménagements furent apportés au quartier, notamment au niveau des voiries, et l’aspect des Basfonds s’en trouva considérablement modifié. La misère la plus noire n’en subsistait pas moins dans des impasses où s’entassaient la population la plus pauvre de la ville. Description de soupes populaires en 1880. Malgré cette pauvreté, le quartier possédait son théâtre de marionnettes, rue des Denrées (1884-1895), puis rue du Chemin de Terre. Il était tenu par Victor Van Biesen dit « Caboche ». Un autre théâtre fut animé rue des Denrées, par Scheile Manuel.  Au début du 20e siècle, on comptait deux autres petits théâtres, rue de Schaerbeek. Et l’on sait que Jean-Baptiste Wouters, alias « Krumme Baptiste », fit jouer ses acteurs de papier mâché et de chiffons, à la rue du Pachéco, en 1924. Il devait revendre 27 de ses « poechenels » aux Musées Royaux d’Art et d’Histoire, en 1953. Mais le principal lieu de distraction est évidemment le cabaret, c’est que l’on boit ferme dans les Bas-Fonds ! Et cette pratique n’était bien sûr pas étrangère aux batailles rangées auxquelles les « Basfondistes » se livraient avec leurs adversaires des Marolles et de Laeken qui partageaient d’ailleurs le même état d’ « euphorie » ! On devine aussi ce que l’état d’ébriété généralisé pouvait donner lors des fêtes du Meyboom ! Mais aux moralistes, rappelons que l’on a cherché de tout temps, et tout naturellement, à noyer sa misère, matérielle ou morale, dans l’alcool. Seuls les gens préservés, c’est-à-dire sans vécu véritable, ne peuvent comprendre cela. Après avoir tenté de la cacher derrière le décorum de la colonne du Congrès et de quelques édifices bourgeois, on se décida donc un jour, à chasser la misère en anéantissant tout un quartier qu’on avait, comme il se doit, laissé se dégrader et sombrer dans les ténèbres depuis des temps immémoriaux. Vint donc le temps de la Jonction Nord-Midi et de la Cité administrative dont le béton écrasa tout sur son passage, dès le début des années 1950, poussant sur la voie de l’exil une population dont l’unité face à l’adversité, ne pouvait que déranger. Chaque impasse des Bas-Fonds constituait « une sorte de petite république ayant ses habitudes particulières et une sorte d’esprit de corps ». Des tonnes de béton armé et de modernité standard devaient avoir raison du quartier dont les habitants furent expulsés et dispersés aux quatre vents.

 

2. Un ketje des Bas-Fonds ? Oui et non…

 

C’est dans ce quartier des Basfonds, où chaque année on plante notre Meyboom, symbole des libertés bruxelloises, que je suis né, un jour du mois de juin 1968. Lorsqu’il apprit  cela, un collègue qui a grandi dans le quartier, me dit alors : « mais tu es donc toi aussi un ketje des Basfonds ! » Je fus bien flatté de cette intégration de ma personne dans le paysage d’un vieux quartier de Bruxelles, aussi maudit fut-il, mais une vingtaine d’années me séparant dudit collègue, il me faut bien reconnaître que, contrairement à lui, je n’ai jamais connu l’ancien quartier des Basfonds, depuis longtemps écrasé sous le béton, lorsque je vis le jour à la Clinique Saint-Jean. Au début des années 1950, le journaliste Louis Quiévreux n’avait-il pas d’ores et déjà prédit l’anéantissement prochain du quartier en ces termes ? « La Brasserie Koopman depuis 52 ans, connut, avant la guerre de 1914, une renommée qui s’étendait dans tout le Pachéco. On y détaillait 5.000 litres de genièvre par an, en demi-scheuts. Six sociétés y tenaient leurs séances, leurs agapes, leurs caisses d’épargne. Aujourd’hui, la clientèle y est silencieuse. Dans un coin, Sander (Alexandre), 64 ans, s’inquiète de ce qu’il deviendra quand l’impasse Saint-Ambroise, la rue au Seigle (que le populaire appelle Deufkestroêt ou plus brièvement De Deufkes), la rue de Dieghem et la rue de la Betterave auront disparu. » (Bruxelles, notre capitale, L. Quiévreux, p. 119-120). Ainsi donc disparurent les Basfonds, sous un enchevêtrement d’horreurs bétonnées et glacées qui s’étend de la rue Fossé-aux-Loups à l’atroce boulevard du Jardin Botanique et à la rue Royale. La totalité des Basfonds fut donc écrasée par le béton des promoteurs, de la Cité administrative et de cette ogresse urbanistique bien connue sous le nom de Jonction Nord-Midi.

 

3. Un îlot de résistance dans les Basfonds.

 

La totalité des Basfonds? Non ! Car un petit îlot résiste encore et toujours aux destructeurs, et ce plus de soixante ans après l’annonce de la disparition de l’ancien quartier par Louis Quiévreux ! Notre journaliste n’avait pas totalement tort ; de fait, l’impasse Saint-Ambroise et la Deufkestroêt ne sont plus aujourd’hui qu’un souvenir (et encore !), mais il a sous-estimé la capacité de résistance des Bruxellois !  Car au cœur même de cet univers de béton, de métal et de verre, subsistent toujours une bonne demi-douzaine de commerces, entre les numéros 1 et 15 de la rue du Marais : (du n°15 au n°7) le petit nouveau est un genre d’établissement japonais (il faut bien laisser un peu de place à la modernité !) ; une croissanterie ; une librairie ; une pharmacie ; un premier estaminet (Claire’s Café, n°5) ; un second estaminet (Le Marais d’Yves Moens, n°3) et un troisième estaminet (L’Apéro, n°1, au coin de la rue). Anecdote amusante : si ces établissements se dressent toujours sur leurs fondations, à deux pas de là, un monstre de béton s’est, lui, littéralement effondré durant l’hiver 2012-2013 ! Mais revenons à nos estaminets et particulièrement au Marais. Dans le courant de l’année 2012, Yves Moens, l’ancien patron de l’Imaige de Notre-Dame, estaminet situé au fond de l’Impasse des Cadeaux, rue du Marché-aux-Herbes, décidait, « pour raisons personnelles », de céder sa location au groupe Maes-Heineken. Et c’est avec une grande stupeur et un profond chagrin que les habitués de cet établissement apprirent cette nouvelle : L’Imaige de Notre-Dame, bientôt, ne serait plus ! Que de soirées passées en ce lieu, que de discussions animées au comptoir et que de fois y avons-nous trouvé refuge alors que la drache menaçait ! Tout cela allait donc disparaître ? Eh bien oui, il fallut se rendre à l’évidence, Yves, à contrecœur, allait céder l’Imaige de Notre-Dame. Certes, une nouvelle page de l’histoire du Vieux Bruxelles venait de se tourner, mais passée l’émotion, à quoi bon continuer à pleurer mélancoliquement dans sa bière, sur des temps révolus ? Et ce, sans laisser une chance au repreneur de montrer sa valeur (la nouvelle Imaige de Notre-Dame a ouvert ses portes au début du mois d’août) ni à Yves Moens de relever un nouveau défi : prendre la direction d’un nouvel estaminet, Le Marais, situé au n°3 de la rue du Marais. Certains donc décidèrent à baisser les bras, d’autres, par contre, firent le choix de suivre Yves et de lui laisser une chance d’écrire une nouvelle page de l’histoire bruxelloise.

 

4. Le 705e Meyboom.

 

Et un point d’orgue de l’installation d’Yves Moens au Marais fut, sans conteste, le 705e Meyboom de ce 9 août 2013 ! Il commença pour moi et le copain Fred, à La Brocante, par un bon stoemp aux poireaux, arrosé de Gueuze Boon, histoire de fêter la réconciliation des Marolles et des Bas-Fonds, très probablement ! De là, départ sous une pluie battante –on est à Bruxelles, newo ?- direction le Marais, enfin pas en ligne directe, hein ! On a d’abord intercepté le cortège du Meyboom à la rue de Tabora et chance, j’avais ma petite flasque de genièvre sur moi, parce qu’après toutes ces pérégrinations sous la pluie bruxelloise, il commençait à faire soif ! Et voilà Meeke et Janneke, et puis Bompa, Boma, Jan, Pitje le Champeter, Rooske et Jefke, ils étaient tous là, en train de se trimballer sur la rue de Tabora. Tiens, voilà Manu, un ancien de l’ancienne Imaige de Notre-Dame qui y sert aujourd’hui au comptoir ! Là, il était dans le cortège, et en costume de poepedroeger encore bien ! Allez, pour faire plaisir, je lui achète la brochure des Compagnons de Saint-Laurent que j’ai déjà. Puis viennent la fanfare, les jeunes lanceurs de drapeaux, la Roue de la Fortune, les volontaires montois de 1790 (révolution brabançonne), en uniforme noir, blanc et rouge. Manu continue à vendre ses brochures plus loin, et pour Fred et moi, il est temps d’aller jeter un œil à la nouvelle Imaige de Notre-Dame qui nous apparaîtra propre et nette, deftig quoi, mais qui a su néanmoins conserver un aspect rustique. N’en déplaise aux grincheux, la reprise apparaît comme une réussite. C’est pas trahir que de dire ça, d’autant qu’ensuite, d’un pas alerte, tout lestés de gueuze, d’Omer et de genièvre, Fred et moi avons rallié le Marais, non peut-être ! Sur le chemin, inquiets, des ouvriers de la Ville, à la vue de nos badges « Brusseleir et Nostalgique » et de mon pin’s au saint Michel, nous demandèrent si c’est déjà fini ; je les rassure : « ils sont encore sur la Grand Place ! » Et à la rue du Marais, nous retrouvons qui ? Plusieurs zwanzeurs de l’association « Brusseleir et Nostalgique » qui tiennent le stand Lindemans ! Ben voyons ! Bon, on s’en boit deux, trois, puis on va faire nos dévotions au Marais d’Yves Moens, parce que moi, voyez-vous, la Belle-Vue, la Lindemans et, à ma grande honte, la Timmermans, c’est pas…ma tasse de thé ! Donc, en route pour le Marais et sa Malheur 11° ! Là, la foule est arrivée et les pompes à bière fonctionnent à plein rendement. Se frayer un passage dans la masse : heureusement Fred est aussi grand qu’Alain, un des Brusseleir, et moi, sommes larges, ça fait un peu effet brise-glace ! Ouf, me voilà enfin dans mon stameneï préféré ! Et Yves ? Ha, sous la casquette, une moustache pointe le bout de son nez (oui bon, je sais, je ziever…), c’est le boss qui arrive et nous salue ! Qu’est-ce qu’il a l’air stijf et deftig et tout, dis ! Y en a qui disent qu’il est pas toujours comme ça, mais « ça est » juste des racontars ! Temps de faire un petit tour à l’extérieur, car le cortège est arrivé, et nous voilà nez à nez avec les volontaires montois de 1790, alignés en rang d’oignons face au Marais ! Eh, pas de blague, hein, les gars ! Vous tirez « ka même » à blanc, dites ? Ha bon, ouf, on avait déjà la kiekebich, nous autres ! Puis paf, la salve ! Et Fred qui nous glisse son avis d’historien, spécialiste en histoire militaire : « ces fusils ne sont pas à silex, mais s’apparente à ceux de la guerre de sécession qu’on ne pouvait avoir en 1790 ». « Wé », mais bon, je me dis que c’est peut-être pas plus mal pour les tireurs, zenne ! Et tiens, qui voilà ? La môman de Fred et le pote Jean-Pierre…qu’on attendait pour 13h ! Puis viennent Xavier –un autre « Brusseleir et Nostlagique »- et son fiston, et Xavier d’inviter Jean-Pierre à jouer à la mijole, et Jean-Pierre d’accepter recta, bien sûr ! Et là-dessus survient le pote Jean-Louis, allez, la troupe attendue est enfin au complet ! Mais le temps passe et je commence à me demander où est notre Meyboom ; il me semble d’ailleurs que ça commence à s’agiter du côté de la rue des Sables… Potferdeke, il est 16h30 passés, les géants sont là, en rang d’oignons, et toute la foule qui est massée là-bas, et les premiers bûûmdroegers qui font leur apparition, alors que Jean-Pierre ne cesse de tripoter la mijole et que les autres drinke comme pas deux ! « Wé » mais non, hein, les gars, on va rater la plantation ! Jean-Pierre, ton appareil photo, verdomme ! « Wé, wé, ça vient ! » Je vois bien que je l’arrache à sa mijole ! Mais il est vif, Jean-Pierre, et le voilà qui saute déjà sur son appareil, alors que le reste de la troupe nous rejoint (non, pas titubants, non !), mais le temps de me retourner et le Meyboom était déjà planté ! D’un coup qu’ils l’ont fait cette année ! Bel arbre qu’ils ont choisi ! « Wé » bon, je sais, là ils accrochent le drapeau belge, mais je ne comprends pas pourquoi on y accroche pas un drapeau bruxellois, un vrai hein, le rouge et vert avec le saint Michel d’or au milieu… C’est un peu dommage, mais bon, l’important c’est que l’arbre ait été planté en temps voulu ! Mais avant de poursuivre les festivités, je me dis qu’il serait peut-être temps de manger quelque chose, ici un hot-dog, là quelques moules parquées, et ça dans le haut de la rue des Sables, où une foule est également massée. Puis, retour au Marais où nous attendent les salves d’artillerie lourde du groupe de rock local ! Jean-Pierre a disparu dans la foule et on ne le reverra plus (j’apprendrai plus tard qu’il devait revenir à la mijole –obsédé, je vous dis !- et que sa nuit fut quelque peu tumultueuse, mais soit…), Fred fuit sous le pilonnage intensif des rockeurs du Marais, sa môman Rita, Jean-Louis et moi, restons stoïques…juste sous le baffle ! Vite un verre de potion magique : une Malheur, astableef, Yves ! Nous restons un moment, dans une atmosphère qui devait rappeler les attaques d’hélicoptères de la guerre du Vietnam, puis nous nous décidons à sortir, histoire d’échapper à la surdité ! C’est l’heure d’aller rendre un ultime hommage –pour ma part, un verre à la main- à notre Meyboom, laissé à présent à lui-même. Nous partons sur l’hymne anderlechtois du Lange Jojo, direction le Sol d’Italia, seul resto italien de la rue Gretry que je fréquente, et ça depuis des lustres. Et nous finissons en beauté à l’Imaige de Notre-Dame (histoire de parfaire la réconciliation entre les rues du Marais et du Marché-aux-Herbes, bien évidemment) vers….je ne sais plus exactement. Après le taxi, je sais que j’ai retrouvé mon lit avec la conscience du devoir bruxellois accompli et bien accompli ! Non, peut-être !  

 

5. « Le Marais » d’Yvez Moens : l’esprit « brusseleir » préservé.

 

Dans ce dernier carré des Bas-Fonds, l’enjeu est de préserver un certain esprit « bruxellois » ou, plus précisément, « brusseleir ». Et Le Marais a l’avantage d’être, lui aussi, un vieil estaminet de Bruxelles, agrémenté d’une déco de tradition. L’établissement est en pleine rénovation, mais qu’il est difficile de transformer, même modérément, un lieu où l’on se sent chez soi dès qu’on y entre ! Car cet « esprit bruxellois » qui faisait la renommée de l’Imaige de Notre-Dame , Yves Moens a su le transposer au Marais, cela, c’est l’évidence. Et nombre d’anciens de l’Imaige, dont je suis, ont adopté le nouvel établissement et ont d’ores et déjà commencé à engranger les souvenirs dans cet antre reconstitué de la tradition de Bruxelles. A la vue de ces « anciens », accoudés au comptoir, un soir d’hiver, un camarade français me dit un jour : « on a l’impression de voir ici un monde qui sombre, comme si les gens ne faisaient plus qu’attendre une fin prochaine ! » Vision de nation puissante qui, durant toute son histoire, du moins jusqu’à la moitié du siècle passé, chargea sabre au clair ! C’est là une approche que, nous, Bruxellois, ne pouvons partager, nous qui durant toute notre histoire avons dû résister à bien des maux, défendre nos murs contre bien des attaques, subir d’innombrables formes de domination, en un mot, nous accrocher bec et ongles pour ne pas disparaître. Et c’est aujourd’hui encore, notamment dans cet estaminet du Marais, étape essentielle des cérémonies du Meyboom, ce que nous faisons : refuser de disparaître et dans la bonne humeur encore, non peut-être ! Allez Yves, mets-moi une Malheur là-dessus !    

 

 

Eric TIMMERMANS.

Meyboom

Meyboom

Photos et texte de Guillaume Kekenbosch

 

 Les réjouissances pittoresques de la plantation du Meyboom (le 9 Aôut) relèvent d’une tradition qui remonte à 1311.

Les Bruxellois ayant vaincu les Louvanistes, ils furent autorisés par le duc Jean II de Brabant à commémorer chaque année l’évènement et à couper à cette fin, un arbre dans la forêt de Soignes.

C’est aujourd’hui encore l’occasion de manifestations populaires truculentes qui eussent ravi Breughel. 

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 Photo 1

L’empereur et l’impératrice du quartier, témoins de la cérémonie

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La roue de la fortune.

 

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Un petit Géant des fêtes de la plantation du Meyboom

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Plantation de l’arbre avant 17h.

au coin de la rue du Marais et des Sables.

 

 

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Photo 6

Les géants aux Bas-Fonds. En tête Meeke, ensuite Janneke, Boma et Bompa.  

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Photo 7

De gauche à droite Boma, Bompa et Meeke (dans le hangar des magasins Waucquez, rue des Sables en 1983)

 

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Photo 8

Les 7 géants du Meyboom et leurs porteurs devant Menneke-Pis (1986)

 

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Photo 9 – rue d’Anderlecht – photo prise au carrefour avec la rue Cureghem

A la kermesse de Notre-Dame-Au-Rouge.Grand-Mère,Grand-Père et Tante Gudule(1948).