Adrien, Antoine, REPER

Quand « Toontje » sortait de son domicile, qui était situé au 36, rue de la Vierges Noire,  tous les kets du quartier  enlevaient leur  « Mouch » et courraient derrière lui pour lui serrer la main !

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Adrien, Antoine, REPER était connu dans tout Bruxelles et  ses environs, il était  né en 1799 !  Il faut savoir que  » Toontje »  s’était couvert de gloire lors des combats de 1830. La chronique prétend que, chaque soir des « quatre glorieuses »,  il revenait à la maison paternelle de la rue de la Vierge Noire en compagnies de Charlier à la jambe de bois, autre  dur à cuire de la révolution Belge. Après avoir pris un repos mérité nos deux castars reprirent le chemin du Parc de Bruxelles pour bouter,  les hollandais hors de la ville.

Andrien REPER était tailleur, métier qu’il pratiqua avec succès, il fournit en costume les employés  des chemins de fer à l’Allée Verte et notamment les pionniers  de 1835.  Une véritable vedette à l’époque notre Toontje. Plus tard, notre glorieux combattant devient aussi fournisseur de la police de  Bruxelles, mission  qu’il garda plus tard à titre honorifique, ainsi  que quelques vagues émoluments.

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Déjà en 1833, notre Bruxellois du quartier du Vismet organisa le premier cortège  philanthropique de la mi-carême, il était déjà si populaire qu’il occupait un char à lui tout seul, et l’argent récolté fut distribué aux  nombreux pauvres du quartier.

Un bagarreur, lors de la révolution de 1848, il prit la tête d’une bande de débardeurs du canal, les redoutables  Vaart kapoenen, semait une véritable panique  au banquet des 1000 convives du PRADO, quartier de Molenbeek.  Un comble  puisque  les convives présents  furent les premiers défenseurs de la cause ouvrière. Monsieur Reper, et ses Capons du Rivage n’avaient rien compris au socialisme.

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Et doucement mais surement notre Toontje aux cheveux blancs vieillit, ses balades dans le bas de la ville entre la Senne et le canal, ne passa jamais inaperçues  et il fut toujours autant sollicité par les gamins du Vismet.

Bon pied bonne œil, un jour il réussit à abattre d’un seul coup  de flèche,  le coq d’un concours, et pour ses exploits le roi Léopold II, le remit une épingle de brillants.

Toujours un peu là le peï,  aussi à l’escrime où il étonnait les prévôts par l’élégance de sa tenue  et la sûreté de sa main. En 1883, à l’occasion de son 84ème anniversaire, en mars, Toontje reçut son portrait  des mains de M. TIBERGHIEN, président du Cercle le Progrès.

C’est en juillet 1891, que Toontje  quitta la vie à l’âge  de 92 ans, ce qui était son dernier exploit, car il était rare à cette époque de vivre aussi si longtemps.

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Déjà, à l’époque un magasin Chinois rue de la Vierge Noire!

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Merci à Guillaume Kekenbosch

LA TOUR NOIRE.

Photos 1, 2, 3, 4 et 5
Source BRUXELLES 1000 – Une histoire capitale volume 4.

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TOONE

Toone VIII

SUITE DE TOONE 1

2.3. François Taelemans (1848-1895) – Toone II (1865-1895), « Jan van de Marmit ».  

François Taelemans naît le 6 octobre 1848 à la rue des Ménages. A 17 ans, Taelemans, jeune marionnettiste illettré, habite le même immeuble qu’Antoine Genty, dans l’impasse des Liserons. Nous sommes en 1865 et Genty (61 ans), décide de prendre François Taelemans comme successeur. En outre, nous avons vu qu’en 1879, Antoine Genty allait devenir le parrain du fils de François Taelemans, Antoine. Pendant que Toone l’Ancien poursuit son jeu, François installe son propre théâtre dans d’autres lieux. Etabli dans un local qui se serait appelé In de Marmit, François Taelemans se voit bientôt surnommé « Jan van de Marmit » ! Taelemans joue rue Blaes, chez Jef Patei, mais également à la rue des Vers (actuellement : rue Pieremans), notamment au numéro 53, où on le retrouve en 1860. Mais en 1863, le théâtre se voit menacé par des tracasseries administratives : les autorités communales s’inquiètent soudain des conditions de sécurité dans les locaux des marionnettistes. En 1877, le couperet tombe : la cave de notre marionnettiste est jugée humide, insalubre et impropre. Tous les témoignages en sa faveur n’y feront rien : il doit chercher un nouveau local. Mais un mois plus tard, François Taelemans peut s’installer dans un rez-de-chaussée situé au n°39 de la même rue des Vers, qu’il louera à la veuve d’un cabaretier. Entretemps, en 1869, François, qui vit toujours à la rue des Ménages,  a épousé Marie Dekeuster, fileuse de lin de son état. En 1884, la famille Taelemans et le théâtre de marionnettes vont s’installe au n°9 de la rue de la Philanthropie, mais ce fut un échec : en février 1888, Toone II se rapproche à nouveau de la rue des Vers et installe son théâtre au n°3 de l’impasse Vanderkeelen. Toone l’Ancien décède deux années plus tard, ce qui fait de François Taelemans son héritier naturel. Toutefois, ce n’est qu’ultérieurement qu’on lui donnera le titre de Toone II. Père de six enfants, notre marionnettiste, tenaillé par la misère, ne survivra toutefois que cinq ans à Toone I. Il s’éteint le 29 janvier 1895, à l’âge de 46 ans. Comme Antoine Genty, François Taelemans ne quittera jamais son quartier des Marolles. Il y aura formé plusieurs marionnettistes dont Georges Hembauf, l’un des deux futurs Toone III.

2.4. Les deux Toone III : Georges Hembauf (1866-1898) et Jan Schoonenburg (1852-1926).

2.4.1. Georges Hembauf (1866-1898) – Toone III (1882-1898), « Toone de Locrel ».

2.4.1.1. Une passion pour les marionnettes.  

Georges Hembauf, né le 1er juillet 1866, deviendra ouvrier passementier, de jour du moins, car le soir, et ce dès 1882, il exerce le métier de marionnettiste qu’il a appris, comme nous l’avons vu, de François Taelemans – Toone II. C’est donc dès l’âge de 16 ans que, passionné par l’univers de la marionnette, il va commencer à exercer son art. Le 19 août 1884, Georges Hembauf épousa une bottière nommée Barbara Joanna Thienpondt. En octobre 1890 –mois du décès d’Antoine Genty-, Toone de Locrel s’installe au numéro 74 de la rue du Miroir. Le local ayant appartenu à une dynastie de marionnettistes concurrentes des Toone successeurs d’Antoine Genty, à savoir les Toone du Mirliton, Hembauf se déclarera repreneur du commerce de Toone, du « vrai Toone », insiste-t-il. Poursuivi par la législation sur la sécurité et la salubrité, Hembauf joue successivement rue des Teinturiers, rue Simon, rue du Cinquantenaire, rue des Ménages (aussi nommée rue des Voleurs). Il arrive aussi à Georges Hembauf de se déplacer chez des particuliers, comme ce jour du 28 mai 1891, où il donna une soirée privée à la place de la Chapelle.

2.4.1.2. Une mort prématurée.

En 1897, on retrouve Toone III-Hembauf à l’impasse de Lokeren, que l’on a francisé en « impasse de Locrel », ce qui vaudra tardivement à notre marionnettiste le surnom de « Toone de Locrel ». Ladite impasse était située au n°27 de la rue de la Rasière et correspond aujourd’hui à l’endroit où s’élèvent les « maisons ouvrières » de la rue des Chaisiers. Georges Hembauf, qui doit faire face à des accusations calomnieuses, déclare dans le journal « La Réforme », que son théâtre est le seul parmi la quinzaine fonctionnant à Bruxelles, à ne pas perdre sa clientèle et, au contraire, à la voir s’accroître. Toone III-Hembauf occupe alors dix ouvriers et un chef-machiniste. Il dispose, en outre, de 400 marionnettes et son répertoire compte pas moins de mille pièces, parmi lesquelles « La Belle Gabrielle », « La Guerre de Charlemagne », « Le Bossu », « Hamlet » et la « Bataille de Waterloo ». A cette époque les spectacles de marionnettes sont, comme on dirait aujourd’hui, « interactifs », c’est le moins que l’on puisse dire ! Les spectateurs n’hésitent pas à intervenir au beau milieu d’une scène et même à jeter des ordures à la tête des artistes de bois, ce qui nécessite souvent un rétablissement de l’ordre musclé ! Par ailleurs, la concurrence est rude entre les marionnettistes qui vont jusqu’à faire asperger d’eau les spectateurs des théâtres rivaux, de même que leurs trottoirs, surtout par temps de gel ! Mais en 1898, Georges Hembauf décède prématurément au terme d’une vie de 32 ans consacrée pour la moitié à sa passion : la marionnette. Il laisse derrière lui plusieurs enfants dont Jean-Baptiste Hembauf, le futur Toone IV, qui succède à son père pour nourrir ses frères et sœurs.

2.4.2. Toone Schoonenburg (1852-1926) – Toone III (1878-1903 / 1918-1920), « Jan de Crol ».

2.4.2.1. Une succession légitime.

Un autre Toone III, voilà qui ne manque pas d’étrangeté, nous dira-t-on sans doute ! Certes, à première vue, il est permis de le penser. Voyons toutefois ce qu’il en est réellement. Nous l’avons vu, Georges Hembauf a succédé à François Taelemans, et le fils de Toone de Locrel, succèdera lui-même sous le nom de Toone IV, à son père. Les Hembauf s’intègrent donc parfaitement dans la généalogie des Toone. Dès lors, évoquer l’existence d’une autre Toone III fait l’effet d’une boule renversant un jeu de quilles bien agencé. Or, cela n’a rien de saugrenu. Jan Schoonenburg naquit le 13 juillet 1852, au n°94 de la rue des Renards, il est donc, lui aussi, un enfant des Marolles. Aîné de Georges Hembauf, Jan de Crol commence à exercer l’art de marionnettiste quatre année avant lui (1878). Il n’est certes pas initié par François Talemans (Toone II), mais par Toone l’Ancien lui-même. En outre, c’est lui qui reprendra le théâtre de Toone I, situé impasse des Liserons, et ce jusqu’en 1911 ; il y est donc encore 13 ans après le décès de Georges Hembauf. Jan Schoonenburg avait donc toutes les raisons de prétendre, lui aussi, au titre de Toone III.

2.4.2.2. Un répertoire riche et de qualité.

Le 23 juin 1873, Jean-Antoine Schoonenburg, de son vrai nom, épouse une casquettière dénommée Barbe-Thérèse Prist. Jean-Antoine exerce d’ailleurs lui-même le métier de chapelier à la rue des Minimes. Il arbore un haut-de-forme posé sur son abondante chevelure. C’est celle-ci qui lui vaudra le surnom de « Jan de Crol », à savoir « Jean le Crolé », c’est-à-dire le bouclé. Le répertoire de Toone III-Schoonenburg était vaste, et les pièces issues de la littérature française étaient particulièrement appréciées. Ainsi, du fait que Bruxelles a été érigée en capitale de la Belgique, les tenants d’un certain « mythe national belge » aiment à véhiculer l’image d’un peuple de Bruxelles forcément à la pointe du patriotisme de leur royaume. Force est de constater, toutefois, que celui-ci, même au 19e siècle, ne motivait pas forcément les choix artistiques de nos couches populaires bruxelloises. Ainsi, Jan de Crol lui-même dut bien se rendre à cette évidence, « car s’il donnait Le Lion de Flandre, d’Henri Conscience, il devait bien plus souvent représenter la Dame Blanche, Le Pont des Soupirs, Les Noces de Mignon, Les Mystères de Paris, La Reine Margot, Les Mystères de Venise, Le Coup d’Epée de M. de la Guerche, Les Trois Mousquetaires, Vingt ans après, Le Vicomte de Bragelonne. » (Toone et les marionnettes de Bruxelles, p. 26-27). Habituellement, les représentations duraient deux mois, et chaque soir on pouvait voir les mêmes habitués s’asseoir sur les bancs.

2.4.2.3. Le Chant du Cygne.

Le 26 novembre 1903 se tint dans la salle de « La Nouvelle Barre de Fer », sise rue Haute n°340, une fête au bénéfice de Toone III-de Crol, qui célébrait ses 25 années de montreur de marionnette. Le spectacle fut grandiose et particulièrement riche. Avec ses fils, Jan de Crol maintint encore son théâtre jusqu’en 1911, mais de nouvelles attractions (salles de danse, cafés chantants) lui faisaient à présent concurrence et détournaient de ses acteurs de bois le public populaire. Il tentera bien de reprendre du service au lendemain de la première guerre mondiale, entre 1918 et 1920, période où on le voit exercer dans une ancienne cave de la rue des Minimes qui avait appartenu à un Toone du Mirliton, Nicolas Dufeys, mais sans succès. Il cèdera finalement son jeu à Daniel Vanlandewijck, le futur Toone V. On vit longtemps le pauvre Jan de Crol, désoeuvré,  déambuler ostensiblement dans la rue Haute, le dimanche, chapeau buse en tête, mais pour lui, le temps des marionnettes était bien termine. Un soir de 1926, au numéro 15 de l’impasse des Liserons, on le retrouva pendu au milieu de ses acteurs de bois. Son successeur fut Daniel Vanlandewijck, alias Toone V 

2.5. Jean-Baptiste Hembauf (1884-1966) – Toone IV (1898-1935) « Jeanke ».

2.5.1. Toone : une affaire de famille.

C’est avec Toone IV que le théâtre de marionnettes de Toone va réellement devenir une affaire de famille. De fait, pour la première fois de ce qui allait devenir, au fil des décennies, l’histoire de la dynastie des Toone, la succession allait se transmettre de père en fils. De fait, nous l’avons vu, à la mort de son père, Georges Hembauf, intervenue en 1898, Jean-Baptiste Hembauf, qui n’est alors âgé que de 14 ans, va reprendre le flambeau, pour nourrir ses frères et sœurs. Toone IV, qui a appris le métier de marionnettiste auprès de son père, a également été un aide de Toone II, François Taelemans. Mais Georges Hembauf a vendu tout son jeu de marionnettes et l’impasse de Locrel est sur le point d’être rasée pour faire place à des « logements ouvriers », qu’on appellerait bien plus tard « logements sociaux », et que l’on peut encore voir aujourd’hui se dresser entre la rue de la Rasière et la rue Pieremans. Jadis, les habitants des Marolles appelaient cet ensemble d’immeubles « Le Bloc » ou « Den Blok », en bruxellois thiois. Pour faire face à l’adversité et sauver son théâtre, Jean-Baptiste Hembauf va s’associer avec le fils de ce dernier, Antoine Taelemans, qui est également, rappelons-le,  le filleul de Toone l’Ancien, fabricant et montreur de marionnettes.  

2.5.2. Jeanke, trente années de fidélité aux marionnettes.

Jeanke, alias Toone IV, alias Jean-Baptiste Hembauf, comme ses prédécesseurs, restera fidèle aux Marolles toute sa vie. Il n’en n’est pas moins né, le 7 mars 1884 au n°7 de la rue de la Chaufferette, une artère située entre la rue du Midi et le Plattesteen, c’est-à-dire à deux pas de la Grand Place. C’est toutefois bien au cœur des Marolles que Jeanke va diriger son théâtre, trente années durant. Ainsi le retrouve-t-on à la rue de la Prévoyance, puis à l’angle de l’impasse Sainte-Thérèse, dans une grande cave dont la superficie couvre les n°s 1, 2 et 3 de la rue des Vers (actuelle rue Pieremans). Survient la première guerre mondiale. Toone IV déménage successivement à la rue des Prêtres, puis à la rue du Miroir et à la rue de l’Abricotier que l’on nomme aussi « Bloempanchgang », soit l’impasse du Boudin ! Déjà éprouvé par la concurrence des cafés chantants, genre de karaoké de l’époque, l’activité des théâtres de marionnettes va également souffrir de la guerre. Toone s’est spécialisé dans la confection de pièces d’armure en cuivre pour ses marionnettes et cela a vraisemblablement largement contribué à sa renommée. Or, l’occupant allemand, lui, entend bien réquisitionner tout le cuivre disponible pour la guerre, et il s’en faudra de peu pour que les armures de nos marionnettes se voient transformée en munitions ! Mais Toone IV parviendra, par son sang froid et son talent, à sauver les précieux ornements de ces acteurs de bois. La guerre enfin se termine. Toutefois, dès les années 1920, une nouvelle menace plane sur nos marionnettes : le cinéma. En 1930, un siècle après la fondation de la dynastie des Toone, les théâtres de marionnettes ferment les uns après les autres. Celui de Toone IV ne fait pas exception. Jean-Baptiste Hembauf abandonne le jeu et se reconvertit dans un commerce de laine et de flanelle situé au bout de la rue de la Rasière, non loin de la rue Haute.  

2.5.3. Le sursaut de Toone IV et les Amis de la Marionnettes.

Quant à Daniel Vanlandewijck (Toone V), l’héritier de Toone III de Crol, il vient de vendre ses marionnettes à des brocanteurs. En cette fin d’année 1930, l’aventure des Toone semble donc bien terminée. Il n’en sera pourtant rien. En 1931, trois hommes, Marcel Wolfers, Richard Dupierreux et un certain Marollien du nom de Jef Bourgeois, qui sauvera la dynastie des Toone à plus d’une reprise, fondent « Les Amis de la Marionnette ». Toone IV les rejoint, de même que l’écrivain Michel de Ghelderode, le bourgmestre de Bruxelles Adolphe Max et nombre d’autres sympathisants. Les « Amis », de chair et de bois, s’installent alors dans une cave de la rue Christine (n°5), là où avait jadis habité Toone l’Ancien lui-même. On s’active désormais pour récupérer tout ce qui peut l’être. Jef Bourgeois, tout particulièrement, va s’investir dans ce combat, y allant notamment de ses deniers. Il va même convaincre Daniel Vanlandewijck de remonter sur scène. Le 28 mars 1931, grâce à une habile opération de publicité des « Amis », les marionnettes de Toone apparaissent à la une du Soir illustré. La « dynastie des Toone » est définitivement établie par Jef Bourgeois et Marcel Wolfers, et le 31 mars est inaugurée le nouveau théâtre de la rue Christine. On se réjouit alors de voir Toone et ses acteurs de bois, poursuivre leur aventure, mais personne ne peut savoir qu’en ce même mois de mars 1931 naît celui qui la fera durer jusqu’à nos jours : José Géal, le futur Toone VII.

Eric TIMMERMANS.

 

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José Géal – Toone VII

L’origine de la « Dynastie Toone »

 

 

 

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Textes et photos du livre  

 

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Les gens de la « Haute socièté » loue la cave de Tôône

 

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L’article ci-dessus est extrait du livre l’AGE D’OR

 

 

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Quelques fidèles dans l’impasse de Varsovie,suivent en 1932 les aventures des Pardaillans.

 

 

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José Géal a la braderie Breughelienne de septembre 1981.

 

 

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José Géal rue haute

 

Un grand Merci à Jef pour les documents

 

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Extrait du n° 20  BRUXELLES 1000 ans des Bruxellois et de leur folklore

 

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Impasse de Varsovie – rue Haute.

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Enquête sur les habitations ouvrières de 1903 à 1909.
Rapport sur l’une des plus mauvaises impasses de la 7 section.

Située rue haute, l’impasse de Varsovie fait partie de la 1er section de police, dont le commissariat est établi rue de la Régence.

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la victoire de Woltje

Bonjour !

 
C’est avec le plus grand plaisir et le plus grand soulagement que je peux vous annoncer la victoire de Woltje ! En clair, les subventions 2016 et 2017 pour le Théâtre de Toone sont maintenues ! En outre, la question du financement de Toone, après 2018, a été abordée (voir les infos reprises ci-dessous) :

 
Le politique nous dit que la subvention n’a jamais été menacée (à part le fait qu’on voulait tout de même la raboter de 5 %, mais soit…). Nous pensons plutôt que c’est la mobilisation des plus de 16.000 signataires qui a poussé le politique à revoir sa copie. Preuve que nous avons bien fait de ne pas suivre les « mènons » (« mais non on ne supprimera pas la subvention, donc inutile de se bouger ! ») et les « çaserariens » (« ça ne sert quand même à rien les pétitions : ils s’en foutent ! »).
 
Mais restons vigilants. Le maintien et le développement de l’association des Amis de Toone s’avère plus nécessaire que jamais. Notre objectif est de faire en sorte que l’avenir du Théâtre de Toone ne puisse plus être menacé, et ce de manière définitive. Les prochaines échéances électorales sont fixées à l’horizon 2018, qu’en sera-t-il de l’intérêt des politiques pour Toone après ces scrutins ? La vigilance citoyenne s’impose donc sur le long terme !
 
Mais sans nous endormir sur nos lauriers, ne boudons pas notre plaisir et allons assister aux prochaines représentations de notre Théâtre de marionnettes préféré ! Non peut-être !
 
Eric Timmermans.

TOONE

TOONE – suite et fin.

 

2.5.4. De l’impasse de Varsovie à la rue du Faucon.

 

Toone V jouera dans la cave de la rue Christine jusqu’à ce qu’à la fin du mois de mars 1932, les « Amis de la Marionnettes » décident de transférer le théâtre dans une cave de l’impasse de Varsovie (sise rue Haute, n°184 ; cette impasse, aujourd’hui privée, porta jadis le nom d’Allée des Polonais, parce que, dit-on, en 1814, y auraient séjourné des Polonais, démobilisés de la Grande Armée de Napoléon). Cette salle peut contenir une bonne centaine de personnes. Toone V y jouera jusqu’en mai 1932, année à la fin de laquelle Toone IV-Jeanke et son vieux complice Antoine Taelemans, décideront d’y reprendre eux-mêmes du service. Le 30 mars 1934, Toone IV crée « Le Mystère de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ », œuvre de Michel de Ghelderode (alias Adhémar Martens, 1898-1962) et recueillit d’après la tradition orale : l’écrivain bruxellois aurait recueilli le texte de la « Passion » de la bouche d’un vieux marionnettiste décédé dans le courant de l’année 1917. Toone IV participe à l’Exposition universelle de Bruxelles de 1935. Il donne notamment quelques représentations au Heysel. Il est à l’apogée de sa carrière, mais cet ultime effort a fortement éprouvé ses cordes vocales, Jeanke se refusant à user de micros. Notre marionnettiste donnera encore quelques représentations, notamment dans un estaminet à l’enseigne de Toone, situé rue Haute, à l’angle de la rue du Faucon. Mais l’un des faits les plus remarquables de la carrière de Jean-Baptiste Hembauf, alias Toone IV, est d’avoir vécu au temps de tous les représentants de la dynastie (de 1884 à 1966), de Toone I à Toone VII : il naît six ans avant le décès de Toone I, il va en partie apprendre son métier auprès de Toone II, il est le fils d’un des deux Toone III, il va poursuivre le jeu jusqu’après le décès de Toone V, il est contemporain de près de trente années de carrière de Toone VI et assiste finalement, en 1963, à l’intronisation de José Géal, Toone VII, et à son installation à l’impasse du Schuddeveld, en 1966, quelques mois avant sa mort. Il ne connaîtra évidemment pas Nicolas Géal, Toone VIII, mais on le sait, à l’impossible nul n’est tenu. Toone IV, heureux de savoir la succession des Toone assurée, s’éteint le 10 juin 1966, à l’âge de 82 ans.

 

2.6. Daniel Vanlandewijck (1888-1938) – Toone V (1913-1932).

 

2.6.1. L’impasse Sainte-Thérèse.

 

Si Jean-Baptiste Hambauf-Toone IV fut le fils et l’héritier de Toone III de Locrel, Daniel Vanlandewijck fut, quant à lui, le successeur de Toone III de Crol, histoire de simplifier encore un peu l’histoire de la dynastie des Toone ! Né en 1888, Daniel Vanlandewijck, qui a acquis le jeu de Toone III de Crol, commence sa carrière de marionnettiste peu avant le déclenchement du premier conflit mondial. Il achète, en outre, quelques marionnettes à Antoine Taelemans, fils de Toone II et associé de Toone IV. Sa troupe rassemble bientôt 250 acteurs de bois. C’est dans une cave de l’Impasse Sainte-Thérèse (jadis sise 6-8 rue des Vers, actuellement rue Pieremans) que Daniel Vanlandewijck commença sa carrière de marionnettiste sous le nom de Toone V. Celui-ci sort également de son quartier des Marolles pour se produire dans le centre de la ville ou encore au château de Beloeil, hors de Bruxelles. Dans les années 20, nous l’avons déjà dit, les Poechenellenkelder (théâtres de marionnettes, en bruxellois thiois) sont durement concurrencées par le cinéma et les salles de danse. Toone V décide toutefois de résister sans que cette leçon de courage n’émeuve le moins du monde la Commission de l’Hygiène de la Ville de Bruxelles qui, en 1927, ordonne la fermeture de la salle de l’impasse Sainte-Thérèse, pour cause d’insalubrité. Ecoeuré et découragé, Toone V décide de vendre toutes ses marionnettes.

 

2.6.2. La rue Christine.

 

C’est là qu’intervient Jef Bourgeois, le protecteur du théâtre de Toone. Il informe de la situation son patron, le sculpteur-joailler Marc Wolfers, qui rachète ce qui reste du jeu, soit 125 marionnettes. Wolfers entreposera ces dernières dans son atelier de Woluwé durant trois ans. Pris de remords, Vanlandewijck contacta Jef Bourgeois pour racheter les marionnettes…avant de décider de les vendre à des brocanteurs. Cette fois, tout paraît fini. Mais Jef Bourgeois n’a pas dit son dernier mot : avec Marc Wolfers et Richard Dupierreux, il fonde, en 1931, les « Amis de la Marionnettes », que rejoindront bientôt de nombreux sympathisants, dont le bourgmestre de Bruxelles Adolphe Max et l’écrivain bruxellois Michel de Ghelderode. Jef Bourgeois, qui deviendra le premier conservateur du théâtre, va dès lors s’activer pour sauver Toone de la disparition. Il va jusqu’à convaincre Daniel Vanlandewijck de remonter sur scène. Le 31 mars 1931, le nouveau local situé dans la cave du n°5 de la rue Christine est officiellement inauguré. Toone V jouera dans ce local durant un an, après quoi, la salle se révélant définitivement trop exigüe, les « Amis de la Marionnettes » décidèrent-ils de déménager dans l’impasse de Varsovie.

 

2.6.3. L’impasse de Varsovie.

 

Et c’est dans l’impasse de Varsovie que, le 26 mai 1932, se déroula la représentation « scandaleuse », « pornographique » tant décriée par certains bien-pensants ! En effet, au cours de cette représentation, on verra la marionnette Woltje se trémousser dans un lit avec une petite compagne de bois ! Il n’en fallait pas moins pour déclencher l’ire des puritains qui se mirent à crier « Rideau ! » En vain : Jef Bourgeois tient la corde et ne la lâche point ! La presse moralisatrice des années 1930 s’empare de l’affaire, à tel point que le théâtre se vit dans l’obligation de fermer ses portes…du moins durant quelques jours. Quand on lui reproche le scandale, Jef fait l’innocent, mais on ne nous enlèvera pas de la tête qu’il a réussi là ce que ceux qui aujourd’hui croient avoir tout inventé parce qu’ils usent de termes anglais, appellent une « opération de marketing » : que l’on parle de vous en mal ou en bien, pourvu que l’on parle de vous ! La popularité de Toone, elle, ne s’en trouvera que renforcée. Las, alors que Toone IV, qui a heureusement encore bien des années à vivre mais qui n’a plus la force de poursuivre le jeu, dépose les armes, que Toone VI monte en scène, Toone V, lui, fait face à la maladie. Il s’éteindra trop tôt, à l’hôpital Saint-Pierre, le 3 mai 1938, à l’âge de 50 ans.

 

2.7. Pierre Welleman (1892-1974) – Toone VI (1937-1963), « Peïe Pââp ».

 

2.7.1. De Toone V à Toone VI.

 

Avant 1914, Pierre Welleman était marionnettiste chez Cattix, un montreur de marionnettes de la rue de l’Abricotier ou « Allée du Bloempanch », déjà citée. C’est là qu’il prend conscience de son talent et décide de s’installer avec Daniel Vanlandewijck (Toone V), dans l’impasse des Liserons. La première guerre mondiale –durant laquelle Pierre sera déporté en Allemagne-  séparera les deux associés. Pierre Welleman va alors voir Toone IV, Jeanke Hembauf, qui a la réputation d’être le meilleur marionnettiste de son temps et se produit, comme nous le savons, à l’impasse Sainte-Thérèse. Suite à un désaccord avec Antoine Taelemans, associé de Toone IV, Pierre Welleman s’associe à nouveau avec Daniel Vanlandewijck, qui joue à présent à la rue Christine. Nous sommes alors dans les années 1931-1932. Durant cette dernière année, Toone V et les Amis de la Marionnettes, passeront de la rue Christine à l’impasse de Varsovie, où, le 26 mai 1932, se joue la célèbre pièce « scandaleuse » durant laquelle Woltje se conduit comme un dévergondé ! Malade, Daniel Vanlandewijck abandonne définitivement le jeu et Pierre Welleman reprend le flambeau, en 1937, un an environ avant le décès de Toone V.

 

2.7.2. « Peïe Pââp reprend le flambeau.

 

Toone VI-Welleman, s’installe donc dans l’Impasse de Varsovie. On le surnomme « Peïe Pââp » (=Pierre à la pipe). « Aux environs des années trente [le théâtre de Toone] n’avait pas bonne mine. Le cinéma et la radio commençaient déjà à le miner. Je me rappelle qu’à l’époque où on démolissait l’ancienne université de la rue des Sols, j’allais, la nuit, sur le chantier avec des copains, pour chiper des vieilles planches. Elles étaient presque pourries, mais quand même en meilleur état que la scène de Toone ! Finalement, en 1931, un rédacteur du « Soir », le critique d’art Richard Dupierreux a lancé un S.O.S. qui a été entendu. C’était comme si on avait fait une piqûre à nos marionnettes ! Le sculpteur-orfèvre Marcel Wolfers a sculpté les têtes, moi je les ai peintes ainsi que les décors, et Pierre Welleman, Marollien de bonne souche, s’est chargé d’animer nos « poesjenelles ». » (Jef Bourgeois, « Jef Bourgeois, le peintre des Marolles », Marcel Vermeulen, Le Soir, 27-28/04.1969). Ouvrier vulcanisateur de profession, 33 ans durant, Pierre Welleman anime chaque soir son théâtre de marionnettes, avec l’aide de son épouse, Marie et de leurs quatre fils, Eugène, Jean, Gustave et Alphonse, alias Fons (plusieurs d’entre eux, Fons tout particulièrement, feront plus tard carrière chez Toone VII).

 

2.7.3. Toone VI et ses marionnettes face à l’occupant nazi.

 

Survient alors la seconde guerre mondiale. Sous l’Occupation, les nazis envisagent de déporter Toone et ses marionnettes en Allemagne, afin de les germaniser ! Il s’en fallut de peu, mais la troupe échappa à ce sort funeste. Toone VI souffre de carence alimentaire : Pierre Welleman et sa troupe survivent malgré tout. Michel de Ghelderode, qui sera de manière plus que simpliste et injuste, accusé de tous les maux collaborationnistes après la guerre, intervient, en 1942, pour sauver le théâtre de Toone, alors que l’occupant envisage d’imposer un genre de « führer général des marionnettes des provinces d’expression flamande », titre dont seul le ridicule égale la prétention. Bref, Toone, ses marionnettes et leurs sympathisants résistent. Mais une nuit de novembre 1944, alors que l’Allemagne nazie aux abois lance ses bombes volantes sur les villes des territoires évacués par ses troupes, l’unique bombe V1 à frapper Bruxelles-Ville, s’écrase à proximité de la cave de l’impasse de Varsovie. Pas moins de 75 marionnettes disparaissent dans le sinistre ! La porte de la cave est pulvérisée et la voûte s’effondre. Les maisons des alentours sont soufflées. Jef Bourgeois échappe lui-même de peu à la mort, mais son immense collection de cuivres, de porcelaines, de tableaux anciens et modernes, ses meubles d’époque, ses croquis, résultat de 35 années de travail et de fouilles, disparaissent dans le sinistre. C’est alors l’exode vers Notre-Dame de Grâce.

 

2.7.4. Le « Rex Marollorum » à Notre-Dame de Grâce.

 

Il ne reste plus à Toone VI qu’à rassembler les débris de sa troupe et à déménager rue Notre-Dame de Grâce, dans une ancienne écurie transformée en dépôt de charrettes. Le 19 février 1952, Toone VI crée la « Farce de la Mort qui faillit trépasser ». A cette occasion, Michel de Ghelderode rédige un hommage à tous les Toone, intitulé « Toone, Rex Marollorum » (=Toone, Roi des Marolles). Et de fait, le couronnement de Pierre Welleman eut lieu au cinéma Rialto (rue Haute n°205), immeuble que Jef Bourgeois devait lui-même habiter. C’est dans la rue Notre-Dame-de-Grâce –à laquelle les révolutionnaires français donnèrent le nom de « rue des Piques »- que le journaliste Louis Quiévreux fit la rencontre de Pierre Welleman, qui travaillait alors avec sept aides et 270 marionnettes. Il donnait des représentations tous les soirs à 19h15, le dimanche excepté. Aidé de ses deux fils, Gustave et Alphonse,  Toone VI écrit lui-même ses pièces. La salle est ce que la rue Haute compte, en ce début des années 1950, de plus populaire. On s’assied sur des chaises de catéchisme aménagées, on lit son programme à la lueur des bougies. Sous une vitre cadenassée, on trouve un manuscrit de Toone l’Ancien. Quant aux murs, ils sont décorés d’affiches de spectacles faites à la main. Elles sont illustrées à la manière d’Epinal. Et c’est là, dans cette salle étouffante, empestée par la fumée des cigarettes, que l’on assiste, notamment, aux romans de cape et d’épée, métamorphosées par la magie alchimique du terroir bruxellois. A noter encore, que Toone VI sera le premier de la dynastie à se produire à l’étranger, soit en Angleterre, en 1951. Mais à nouveau l’ingrate désaffection pour les marionnettes fait son retour. La population des Marolles se détourne de ses acteurs de bois qui attirent surtout, désormais, quelques jeunes enfants et des curieux venus d’autres quartiers. « C’est dommage, car aucune star, quelque sophistiquée qu’elle puisse être, ne laisse de souvenir aussi durable que les poupées de bois à l’image de notre cœur secret. » (Bruxelles, notre capitale, L. Quiévreux, PIM-Services, 1951, p. 144-145). Mais un jeune homme de vingt ans s’intéresse, lui aussi, aux marionnettes, il se nomme José Géal, le futur Toone VII.   

 

2.7.5. Au Lievekenshoek.

 

En octobre 1956, Toone VI doit à nouveau déménager, chassé cette fois par l’urbanisation dont on sait à quel point l’œuvre destructrice fut si souvent, à Bruxelles, bien plus efficace que les bombardements eux-mêmes !  Le petit monde de Toone va alors s’installer dans l’arrière-cour d’un café nommé le « Lievekenshoek » (=le Coin des amoureux), situé place de la Chapelle, à l’endroit où se dresse aujourd’hui l’abominable immeuble du « Bon Repos », et situé à côté d’un cabaret nommé Le Coup de lune, où Jacques Brel fit ses débuts. La modernité et son cortège de progrès factices progressent donc. Télévision, sports de masses, voitures, résidences secondaires et caravanning font bientôt peser sur le Théâtre de Toone une nouvelle menace, de toute évidence, fatale. Le public s’éloigne aussi progressivement que définitivement des marionnettes de jadis. En mars 1963, une nouvelle expropriation porta le coup de grâce à Toone VI qui, âgé et malade, n’a plus la force de lutter. Celui dont Ghelderode avait dit : « En Toone VI, je salue tous les Toone, tous les dynastes –ces menteurs magnifiques, ces bouches merveilleuses, ces conteurs de fables, qui, dans notre époque infectée qui appelle le formol, porteront témoignage d’un art créateur, joyeux, exaltant, ne corrompant point. » (Toone, Rex Marollorum !, 19 février 1952), celui-là donc, notre « Roi des Marolles », abandonné par son public, doit déposer les armes. Il commence à vendre ses marionnettes à des brocanteurs et des particuliers, mais Jef Bourgeois intervient, une fois encore, pour sauver le jeu : il récupère une centaine de marionnettes. Mars 1963, le Théâtre de Toone VI ferme définitivement ses portes, alors que l’aventure des Toone aux Marolles prend fin, après 133 ans.  

 

2.8. Toone VII : José Géal (1931- ; jeu : 1963-2003) 

 

2.8.1. L’Exode et la relève.

 

Pour nombre de Bruxellois, l’annonce des adieux de Toone VI signifie la perte d’une part essentielle du folklore de leur ville, « Bruxelles sans Toone, c’est Paris sans Jeanne d’Arc, une ville sans racine qui pourra être envahie par les uns ou…les autres. » (Toone et les marionnettes de Bruxelles, p. 79). C’est dire à quel point nous sommes dans le vrai lorsque nous affirmons qu’aujourd’hui comme hier, Toone est réellement l’âme de Bruxelles. De fait, sans Toone, Bruxelles ne serait plus Bruxelles. Et en ce mois de mars 1963, la ville est bel et bien sur le point de perdre son âme. Mais face à l’adversité, une fois de plus, Jef Bourgeois, conservateur du Théâtre de Toone, relève la tête pour sauver du néant les marionnettes bruxelloises. Il crée une association nommée les « Amis de Toone », qui a pour but principal d’au moins sauver le jeu de marionnettes. Celles-ci ne devront toutefois leur survie qu’à l’abandon définitif de leur quartier des Marolles. Le 8 octobre 1963, elles sont solennellement déposées dans les caves de la Maison du Roi, sise Grand Place. Parmi les déménageurs, outre Jef Bourgeois, un certain José Géal. Une dernière représentation fut donnée la veille, au Lievekenshoek. Puis, le rideau tombe. Et une fois de plus, on enterre Toone trop vite. De fait, un certain José Géal se prépare à prendre la relève sous le nom de Toone VII. Né le 11 mars 1931, dans la province d’Anvers, sa mère voulant que son enfant naisse dans son village d’origine, Hingene. Joanna Penninckx  n’en n’habite pas moins Bruxelles où elle a épousé un Bruxellois de nationalité française, Fernand Géal. La famille Géal s’établira rue Marcq, dans le quartier du Béguinage. Durant son adolescence, au lendemain de la seconde guerre mondiale, José Géal découvre le théâtre de marionnettes de Toone VI, à la rue Notre-Dame de Grâce. Entre 1950 et 1963, José Géal étudie, travaille, fait carrière dans le secteur artistique qu’il a choisi. Il se produit dans le milieu du théâtre –au Théâtre National, notamment- mais également à la télévision. Mais son amour de la marionnette, acquis auprès de Toone VI, ne se dément pas, jusqu’au jour ou, en 1960, à l’occasion d’une rencontre internationale à Bucarest, il rentre lui-même de plein pied dans l’univers des acteurs de bois et adhère à l’Unima (l’Union internationale des marionnettes). En 1962, José Géal montrait ses productions à Varsovie, l’année suivante, il devenait Toone VII.

 

2.8.2. José Géal devient Toone VII.

 

Avec l’appui de Jean-Baptiste Hembauf (Toone IV), Jef Bourgeois va décider José Géal, qui avait connu un grand succès lors de la soirée d’adieu pour son interprétation de la « Tentation de Saint-Antoine », à perpétuer la dynastie des Toone : « Même Toone, le plus célèbre de tous, Toone qui avait un passé de quatre siècles, était dans le coma en 1963. On a dû le transporter dans l’îlot sacré pour le ranimer. Ce n’est plus les Marolles, non, mais enfin c’est toujours le vieux Bruxelles, n’est-ce pas. Et il vaut mieux le voir vivant du côté de la rue des Bouchers que mort au pied du palais de Justice. » (Jef Bourgeois, « Jef Bourgeois, le peintre des Marolles », Marcel Vermeulen, Le Soir, 27-28/04.1969). Et c’est ainsi que le 10 décembre 1963, place De Brouckère, Toone IV adouba José Géal avec l’épée de la marionnette Charlemagne, avant de le couronner Toone VII. José Géal, soutenu par Toone IV (Hembauf) et Toone VI (Welleman), obtint pour son théâtre le statut d’ASBL (Association sans but lucratif). On se met dès lors en quête d’un local susceptible d’accueillir les acteurs de bois des Marolles. La chose ne sera guère aisée. José Géal doit progressivement abandonner toutes ses activités pour se consacrer exclusivement aux marionnettes qu’ils animent désormais en plusieurs points de Bruxelles. Ainsi le retrouve-t-on le marionnettiste et ses acteurs à la Grand Place, dans le kiosque du Parc de Bruxelles, à la place Anneessens, qu’encercle l’ancien quartier de Notre-Dame-au-Rouge, à la Foire des antiquaires du Sablon, à la rue Haute… Mais combien de temps cette errance peut-elle durer avant que Toone VII ne se trouve un jour rangé au rayon de vestige folklorique, de vague curiosité ? Non, il faut impérativement trouver une maison pour les marionnettes. Pour ce faire, Jef Bourgeois et José Géal écument Bruxelles. L’année 1964 meurt, mais les marionnettes et leur montreur errent toujours de par la ville. Et voilà qu’un jour d’août 1965, José Géal découvre une vieille bâtisse, située dans l’impasse Schuddeveld (ce nom signifie « champ de bétail »), en plein cœur de Bruxelles, à deux doigts de la Grand Place. C’est là que s’établira le nouveau Théâtre de Toone qui, venu des Marolles, aura désormais pignon sur une rue, au centre de la ville. Fernand Servais résumera l’aventure de la dynastie des Toone, de Toone I à Toone VI, en quelques lignes : « Un autre Toone apparut bientôt impasse de Varsovie…à moins que ce ne ce fut dans une autre ruelle qui de la rue Haute grimpe vers le Palais de Justice. Et d’autres Toone suivirent, en attendant l’année de grâce 1964 qui leur valut la tintamarresque et salutaire propagande de l’ami Demol !… » (Souvenirs de mon Vieux Bruxelles, Fernand Servais, p. 100). Certes, remercions ceux qui, à l’instar de ce Monsieur Demol qu’évoque Fernand Servais, on contribué à sauvegarder la notoriété des Toone, mais rappelons toutefois que, sans Jef Bourgeois, qui accompagna les Toone et leurs marionnettes durant une bonne partie de leur histoire aventureuse, rien n’eut été possible.

 

2.8.3. Toone VII à l’impasse de Schuddeveld.

 

La maison de l’impasse de Schudeveld date de 1696, soit l’année qui a suivi le bombardement de Bruxelles par l’artillerie du maréchal de Villeroy. « Cette impasse de la Petite rue des Bouchers, 23, surmontée de plusieurs arcades géminées, date du début du XVIIIe siècle ou, peut-être, de la fin du XVIIe. Son nom est une corruption du génitif flamand des kuddeveld ou s’Kuddeveld (le champ des troupeaux). A cette époque, il y avait des prés entre la Petite rue des Bouchers et le Marché aux Peaux, où l’on pouvait faire paître un troupeau. Le recensement de 1866 indique qu’il y avait trois maisons au bout du couloir séparant les deux habitations de la Petite rue des Bouchers. Ces trois maisons abritaient neuf familles comptant trente-six personnes. Au recensement de 1920, l’impasse avait quatre maisons, abritant quatorze ménages, totalisant seulement vingt-deux personnes, la plupart fort âgées. » (Dictionnaire historique et anecdotique des rues de Bruxelles, Jean d’Osta, p. 316). Abandonné depuis une vingtaine d’années, le futur théâtre, situé au fond de ladite impasse, n’est, en 1966, qu’un horrible taudis, mais de par son architecture, il est typiquement bruxellois et s’avère donc parfaitement adapté à l’usage que l’on compte en faire. Au terme d’un duel d’enchères homérique avec un fonctionnaire de la ville de Bruxelles, qui voulait racheter la maison pour la faire démolir ( !), José Géal se voit adjuger pour une lourde somme, la maison tant convoitée. Le théâtre est officiellement inauguré avec la « Passion » de Michel de Ghelderode, le 1er avril 1966, quatrième anniversaire de la mort de l’écrivain bruxellois. En juin 1971, Toone VII et sa troupe de bois se produisent aux Halles de Paris. Les deux spectacles proposés Duvelor et Pitje la Mort, de Michel de Ghelderode, rencontre un franc succès auprès du public parisien. En 1972, Toone échappe de peu à la faillite : les journalistes lui décernent le Prix Courage et le Conseil communal de Bruxelles décide de racheter la maison de l’impasse de Schuddeveld. La trésorerie de Toone VII est sauvée et avec elle, le théâtre, mais désormais José Géal n’est plus le propriétaire de la maison. Une  restauration de cette dernière –promise et débutée des années auparavant par la Ville de Bruxelles…-, sera finalement achevée en 1979, année du millénaire de Bruxelles. Pendant les travaux, Toone se produira dans différentes communes bruxelloises, dont Forest où il s’éprendra des vieux murs de l’Abbaye communale. Le 1er avril 1979, Toone et ses marionnettes réintègrent l’impasse du Schuddeveld. Mais alors même que Bruxelles fête son millième anniversaire, Toone VII se produit sur la scène de l’Opéra de Paris et y fait un triomphe. Une vraie consécration pour la dynastie des Toone ! Le théâtre de Toone VII, qui connaît un développement international, va en outre établir des relations privilégiées avec Charleville-Mézières, en Champagne-Ardenne.

 

2.8.4. L’impasse Sainte-Pétronille.

 

On peut également accéder aujourd’hui à l’estaminet et au théâtre de Toone par l’impasse Sainte-Pétronille sise rue du Marché-aux-Herbes, 66-68. Cette impasse fut jadis dotée de sept maisons (aujourd’hui disparues), puis fut l’entrée d’un parking qui releva longtemps (au moins 25 ans) de l’ « éternel provisoire ». Au recensement de 1866, l’impasse, qui avant 1851 était nommée « Porte des Roses », abritait 86 personnes. « C’était une venelle fermée par une porte. Elle datait du XVIIIe siècle. On peut encore voir son beau porche d’entrée sculpté, qui est incorporé dans le magasin contigu. » (Dictionnaire historique et anecdotique des rues de Bruxelles, Jean d’Osta, p. 314). C’est par ce porche, qui jouxte effectivement un magasin de dentelles, que l’on peut accéder (en été) à une sympathique terrasse par laquelle on accède ensuite à l’estaminet proprement dit.

 

2.9. Toone VIII : Nicolas Géal (jeu : 2003-).

 

C’est le 16 septembre 2000, à l’occasion du 40ème anniversaire de la Commune Libre de l’Ilot Sacré, que José Géal cède pour la première fois sa place à son fils Nicolas.  A cette occasion, celui-ci interprète seul toutes les voix de « Duvelor » ou la « Farce du Diable vieux » de Michel de Ghelderode. Le 10 décembre 2003, quarante ans jour pour jour après l’intronisation de son père, Nicolas Géal est lui-même intronisé sous le nom de Toone VIII à l’Hôtel de Ville de Bruxelles. A cette occasion, Nicolas Géal interprète « Geneviève de Brabant », opéra pour marionnettes d’Erik Satie, accompagné au piano par le virtuose Pierre-Alain Volondat. Et voilà donc neuf ans, à l’heure où nous écrivons ces lignes, que Nicolas Géal a repris le jeu avec brio et simplicité. Lui et ses jeunes comparses –car oui, ils sont plusieurs à animer le théâtre et à perpétuer sa tradition !- sont le gage de la perpétuation d’une tradition marionnettiste multiséculaire, et nous nous devons de les en remercier. Alors, si vous passez un jour par la rue Marché aux Herbes et que vous voulez pouvoir dire que vous avez vraiment visité Bruxelles, arrêtez-vous au niveau de l’impasse de Schuddeveld, entrez dans l’estaminet et buvez-y une des bières du terroir, puis laissez-vous tenter, suivez la troupe de curieux empruntant à présent l’escalier qui mène à l’étage supérieur. Là vous attendent Nicolas Géal et sa troupe de personnages en bois ayant une âme, comme l’a si bien dit Cocteau.

 

2.10. Pour l’anecdote : Fernand Servais et les Toone énigmatiques…

 

Dans ses Souvenirs de mon vieux Bruxelles (p. 100), Fernand Servais nous explique qu’un Toone se produisit, en 1897, à Bruxelles-Kermesse, lors de l’Exposition du Cinquantenaire, et qu’un autre tenta, sans succès, de se produire à la rue Neuve, en 1918, peu avant l’armistice, « le même Toone, nous dit Fernand Servais, -si ce n’était lui, c’était son père », poursuit-il. Nous en déduisons donc, puisqu’il ne peut s’agir du même -Toone III-Locrel étant mort en 1898 et Toone IV ayant repris le jeu, à l’âge de 14 ans, cette année-là- qu’il fait allusion au père et au fils Hembauf, soit Toone III-Locrel (Georges Hembauf) et Toone IV (Jeanke Hembauf). Toone III-Locrel est donc celui qui se serait produit à Bruxelles-Kermesse, alors que Toone IV, aurait tenté sa chance à la rue Neuve. Tout cela ne semble donc en rien concerner Toone III-De Crol, ni Toone V, entre lesquels n’existent aucun lien de parenté. Mais faute de certitude absolue, nous préférons malgré tout maintenir le conditionnel. Il semble donc qu’en 1918, peu avant l’armistice, Toone IV ait décidé de se présenter dans un théâtre situé rue Neuve. Il s’agissait de la cour d’un immeuble situé aux numéros 24-26 de cette rue qui avait déjà connu plusieurs affectations artistiques baptisées des plus diverses manières : Le Selectsior, Le Coq Gaulois, La Boîte à Pic, La Boîte à Surgères. Donc, déménageant de leur caveau des Marolles, Toone et ses marionnettes se retrouvèrent dans une belle salle, garnie de confortables fauteuils, bref, dans un univers qui n’était pas le leur. Privés de leur public populaire habituel, ils ne trouvèrent pas l’ambiance qui leur convenait et, de ce fait, rencontrèrent l’échec. Le séjour de Toone à la rue Neuve fut tellement déficitaire qu’un huissier finit par intervenir pour vendre ses « poechenelles ». Adieu donc à Godefroid de Bouillon, au chevalier Bayard, à Lagardère, à Geneviève de Brabant, à la reine Margot, vendus au plus offrant, comme à un antique marché aux esclaves !

 

2.11. Et Woltje alors !

 

2.11.1. Les origines de Woltje.

 

Allez, voilà que j’ai failli oublier Woltje ! Comment est-ce possible, alors que celui que l’on nomme le ketje de Bruxelles et qui fait ainsi pratiquement concurrence au Manneken Pis, accompagne les Toone depuis les origines et n’est autre que le double, le deuxième « lui-même » de Toone VII-José Géal ! Avez-vous remarqué qu’il porte la même casquette ? Bon, effaçons le sacrilège commis et consolons-nous en nous disant que Woltje est justement le personnage tout indiqué, idéal même, pour clôturer ces quelques pages consacrées aux Toone. Woltje existait probablement avant Toone l’Ancien et son histoire remonte peut-être aux origines de Bruxelles. Son nom, qui en thiois de Bruxelles signifie « petit Wallon », se rapportait  peut-être jadis à des ouvriers du Hainaut qui édifièrent la première enceinte de Bruxelles et qui se seraient établis dans l’actuel quartier des Marolles (ou à des ouvriers du Brabant wallon installés dans le quartier des Brigittines). Qui sait ? Nous avouons entrer là dans le domaine de la pure spéculation. Quant à la marionnette proprement dite, quand donc serait-elle née ? Certains disent qu’elle naquit à l’époque de Charles-Quint, mais d’autres, plus prosaïques et ne voulant s’en tenir qu’aux faits historiques, relèvent que les premiers documents mentionnant la marionnette Woltje, ne datent  que du début du 20ème siècle. Les écrits restent, les paroles s’envolent, ainsi en va-t-il de la tradition populaire orale dépourvue d’héritiers. Quoiqu’il en soit, dès l’origine, Woltje était de petite taille, ce qui le désigne comme étant un enfant ou un adolescent plutôt qu’un adulte. Un marionnettiste du nom de Toone Reper, un contemporain d’Antoine Genty, aurait créé la marionnette Woltje, par amour pour son petit-fils qu’il nommait « mon petit De Wael », du nom de sa mère, maîtresse du fils du marionnettiste. Eh oui, Woltje serait, comme on disait jadis, un « enfant de l’amour », ce qui semble lui convenir à merveille !

 

2.11.2. Woltje ou l’impertinence aux multiples facettes.

 

Quoiqu’il en soit, Woltje  changea très souvent d’apparence, chaque marionnettiste voulant le teinter d’une touche personnelle, le faire correspondre à ses propres goûts, à sa propre personnalité. Il existe bien des différences, dès lors, entre le Woltje à casquette et costume enfantin quadrillés de noir et de blanc, portant chaussettes rouges et chaussures noires, tel que Toone VII l’a voulu, et les Woltje des temps passés. Ainsi, le Woltje de Toone l’Ancien était vêtu de manière différente et arborait une casquette qui n’av ait rien de commun avec celle de notre Woltje actuel. Détail étrange, il portait sur sa veste une étoile jaune dont on ne connaît pas la signification. Woltje est l’impertinence incarnée et grâce à son franc-parler, il peut se permettre d’improviser et sauver ainsi n’importe quelle situation. Il fut le héros du stukske bââ, terme bruxellois thiois qui désigne une petite pièce en complément, que l’on jouait à la fin du programme et consistait généralement en un vaudeville un peu leste, dont on faisait en sorte, en fin de soirée, de préserver les « âmes pures »… En 1979, année du millénaire de Bruxelles, le Woltje de Toone VII connût une véritable consécration, lorsqu’il devint un des géants que l’on promène dans les rues de la ville lors des cortèges folkloriques. Oui, enfin, lui, Woltje, ça le fait un peu rire quand je parle de consécration, d’honneurs, de cortège, parce qu’il faut bien reconnaître que c’est pas vraiment son truc. Lui, je sais ce qu’il pense. Sa vraie « consécration », il l’a obtenue lors de la célèbre soirée « scandaleuse » du 26 mai 1932, à l’impasse de Varsovie, lorsqu’en pleine scène, avec la complicité de Toone VII et de Jef Bourgeois, il s’est mis à butiner sa mokske devant tout le public ! Ca au moins c’était drôle ! Allez, rideau !

 

 

Eric TIMMERMANS.

Bruxelles, le 4 janvier 2013

 

 

Sources : Bruxelles, notre capitale, Louis Quiévreux, PIM-Services, 1951, p. 143-145 / Dictionnaire historique des rues, placesde Bruxelles (1857), Eug. Bochart, Editions Culture et Civilisation, 1981 / Dictionnaire historique et anecdotique des rues de Bruxelles, Jean d’Osta, Le Livre, 1995, p. 314-316 / « Jef Bourgeois, le peintre des Marolles », Marcel Vermeulen, Le Soir, 27-28/04.1969 / Souvenirs de mon Vieux Bruxelles, Fernand Servais, Canon Editeur, 1965, p. 99-100 / Toone et les marionnettes de Bruxelles, Andrée Longcheval et Luc Honorez, Paul Legrain, 1984 / Traditions de Bruxelles, Alain Viray, Marabout, 1979, p. 59-62.

Toone

Toone VIII

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L’Histoire des Marionettes dans les quartiers de Bruxelles.

 

 

TOONE ET SES MARIONNETTES : L’ÂME ET LE CŒUR DE BRUXELLES

 

« Bruxelles sans le Théâtre de Toone ne serait plus Bruxelles. C’est lui qui nous fait aimer notre « accent », nos gens et nos rues. Alors que depuis toujours, la capitale subit bien des pressions de toutes parts, le castelet de Toone VII (ndr : auquel a depuis succédé Toone VIII, fils du précédent) reste un des derniers bastions du cœur bruxellois… » (Toone et les marionnettes de Bruxelles, A. Longcheval et L. Honorez, p. 149).   

« C’est dire que Toone VII est parvenu, lui, à sauvegarder l’essentiel du caractère bruxellois tout en ne s’enfermant pas dans un ghetto folklorique. Sans doute dira-t-on que le langage employé devient dès lors artificiel, agaçant parce qu’il prend, dans une société qui cherche à préserver « intellectuellement » des actes, des situations, des langages usés, une forme de passéisme. Nous ne le croyons pas. Il suffit d’aller vibrer en compagnie d’un public de toutes catégories mais toujours survolté dans la maison de 1696 que les autorités restaurent avec beaucoup de foi, pour réaliser combien la familiarité populaire, pétrie d’un simple bon sens et pétillante d’humour est nécessaire à l’équilibre d’une société urbaine. Bruxelles a besoin de traditions, non pas pour vivre dans le passéisme, mais pour mieux explorer l’avenir en s’assurant des bases solides. » (Traditions de Bruxelles, Alain Viray, p. 59).

1. Le théâtre de Toone.

L’on trouve au cœur de l’ « Ilot Sacré » une maison de la fin du 17ème siècle abritant un célèbre théâtre de marionnettes auquel on accède par un estaminet aux allures des plus rustiques, soit par l’entrée située dans la petite rue des Bouchers (au niveau de l’impasse du Schuddeveld), soit par celle de la rue du Marché-aux-Herbes (au niveau de l’impasse Sainte-Pétronille). Cette maison est le siège du célèbre Théâtre de marionnettes de Toone (diminutif bruxellois d’Antoine), véritable institution bruxelloise vieille de plus de 180 ans (site officiel : www.toone.be/ ). Les spectacles se donnent le soir, à 20h30, les jeudis, vendredis et samedis, avec une séance supplémentaire à 16h le samedi. Les thèmes joués, quant à eux, sont innombrables, allant de La bataille de Waterloo aux Quatre fils Aymon, de Guillaume Tell aux Trois Mousquetaires, en passant par Tyl Uilenspiegel et Faust, sans oublier La Passion, la pièce fétiche de Toone. Mais en quelle langue se donnent ces spectacles, s’inquiéteront peut-être certains ? En bruxellois, naturellement, pourrions-nous répondre, mais ce serait là jouer sur les mots, en nous montrant par trop laconique. De fait, la plupart de ces spectacles se donnent dans un bruxellois très largement francisé. Toutefois, un certain nombre de séances se donnent également, pour un public averti, en brussel vloms ou « bruxellois flamand ». Nous n’aimons pas ce qualificatif, auquel nous préférons celui de « bruxellois thiois », et rappelons en outre, que « les marionnettes bruxelloises n’ont pas à connaître d’une version flamande, leur langage restant très particulier et constituant une synthèse huit fois séculaire du roman et du thiois brabançon, avec adjonctions de vocables d’origine bas-allemande, espagnole, voire hébraïque. » (Toone et les marionnettes de Bruxelles, p. 51). Ajoutons que la Maison de Toone, c’est aussi un atelier de confection de marionnettes –on en compterait aujourd’hui plus de 300 !), une bibliothèque, une vidéothèque, un musée de la marionnette et, enfin, comme nous l’avons dit, un estaminet établi dans un cadre ancien où l’on pourra, notamment, se délecter de bières du terroir. Cette maison, dans laquelle Toone VII (José Géal) et Toone VIII (Nicolas Géal) font aujourd’hui encore vivre leurs marionnettes, date de 1696. Le Théâtre de Toone fut totalement rénové en 1979, année du millénaire de Bruxelles. Il a également acquis récemment, une maison mitoyenne de la rue du Marché-aux-Herbes (n°64), qui constitue la Maison de la Marionnette (ouvert le jeudi, vendredi et samedi, de 14h à 18h), où l’on peut également admirer quelques œuvres de Jef Bourgeois, cet homme sans lequel le Théâtre de Toone n’aurait jamais pu survivre jusqu’à nos jours. Que l’on se souvienne toutefois que l’essentiel de l’histoire du Théâtre de Toone se déroula dans le quartier des Marolles, dont Jef Bourgeois était lui-même originaire, et que ce n’est qu’en 1966, que José Géal, alias Toone VII, installa son théâtre, après de bien nombreuses péripéties, à deux pas de la Grand Place. 

2. Toone et ses marionnettes, l’histoire d’une dynastie, de 1830 à nos jours.

2.1. La tradition marionnettiste à Bruxelles.

2.1.1. Une tradition très ancienne.

Avant d’aborder l’historique de la dynastie des Toone, rappelons que cette dernière, si elle a survécu jusqu’à nos jours, n’était pas, loin s’en faut, la seule sur la place. Ainsi, si l’histoire de Bruxelles fait remonter l’origine des Toone à 1830, soulignons que les marionnettistes bruxellois n’ont pas attendu la création, la même année, du nouveau royaume de Belgique, pour divertir nos aïeux. De fait, la tradition marionnettiste à Bruxelles remonte à l’époque médiévale et ne s’est pas limitée au territoire des Marolles. « Le théâtre de marionnettes à Bruxelles remonterait à l’époque de Philippe II, époque durant laquelle la population avait appris à détester cordialement les Espagnols. Les chroniques signalent que les chambres de rhétorique ne cachaient d’ailleurs pas leur hostilité au régime. Pour empêcher les manifestations, les autorités « d’occupation » fermèrent les théâtres. Alors les Bruxellois replacèrent les comédiens par les marionnettes. » (Traditions de Bruxelles, A. Viray, p. 59-60).

2.1.2. Des femmes marionnettistes. 

On se souviendra aussi du sinistre procès en sorcellerie qui fut intenté à Eppegem, en 1602, contre une marionnettiste parce qu’elle avait eu l’audace de présenter des personnages religieux dans certaines scènes que l’Inquisition jugea offensante. La pauvre femme périt dans les flammes. Car oui, il y eut aussi des marionnettistes femmes ! Telle Moeijer Thoemes (Mère Thomas) qui était contemporaine de Toone I et était installée dans une cave de la rue de la Verdure, près de la place Annessens, bien loin des Marolles, donc.

2.1.3. Une importante concurrence.

Mais Antoine Genty dût fait face à d’autres concurrents, et cela également hors des Marolles, on citera Michel Cautaerts, présenté comme le plus ancien marionnettiste bruxellois du 19e siècle, qui exerça son métier au cœur même des Bas Fonds, ou encore un certain Machieltje, de Molenbeek, commune ennemie des Marolliens ! On évoquera également un autre Toone, à savoir Toone Reper (1801-1891), qui aurait établi une cave de marionnettes à la rue de la Mâchoire, dans les environs de la place Sainte-Catherine. Mais au fait, pourquoi donc cette rue s’appelle-t-elle ainsi ? Selon une certaine tradition populaire, un serrurier en état d’ébriété y aurait un jour broyé le corps de sa femme à l’aide de la…mâchoire d’un étau ! (Bochart) Quoiqu’il en soit, ce Toone Reper aurait été un descendant d’une dynastie de marionnettistes originaire de Moravie (actuelle Tchéquie), qui aurait commencé à exercer à la fin du 17e siècle pour finalement s’installer à Bruxelles en 1823. On dit aussi que Toone Reper appelait aussi l’un de ses petits-fils « mon petit De Wael » (du nom de sa mère), ce qui signifie « le Wallon », dont dérive le nom de Woltje, la marionnette-fétiche de Toone VII. Faut-il dès lors croire Jef Bourgeois, lorsqu’il dit que l’aventure des Toone a réellement commencé il y a près de quatre siècles ? Citons encore des contemporains de Toone II (Pieter Buelens, Laurent Broeders, alias « Spiekoet »), de Toone III (Victor Van Biesen, alias « Caboche », les Dussart), de Toone IV, Toone V et Toone VII (les Cortvrint, les Dufeys ou Toone du Mirliton). Une « guerre des Toone » se déclarera même, Dufeys prétendant être le Toone original et accusant la concurrence de plagiat !). Mais les marionnettes de la dynastie qui nous est si familière, possédaient elles des jambes qui n’étaient point de chiffon, elles étaient vêtues d’armures de cuivre que les autres leur enviaient et le talent de leurs montreurs établit définitivement leur renommée. Aujourd’hui, le seul concurrent bruxellois de Toone est le Théâtre du Peruchet, établi au 50 avenue de la Forêt, à Ixelles, qui abrite également le Musée International de la Marionnette. Mais peut-on réellement parler de concurrence ? Si Toone s’enracine dans une tradition bruxelloise très ancienne et s’adresse à un public d’adultes et d’enfants, le Peruchet, lui, s’adresse prioritairement à un public d’enfants, est actif depuis 1929 et est établi à Bruxelles depuis une quarantaine d’années. Il y a sans doute la plus complémentarité que concurrence.

2.2. Antoine Genty (1804-1890) – Toone I l’Ancien (1830-1880). 

2.2.1. Aux sources d’une dynastie.

La dynastie des Toone débuta donc officiellement, en 1830, avec Antoine Genty, dit Toone I l’Ancien. Toone n’est rien d’autre que le diminutif d’Antoine. En 1931, soit environ un siècle après l’avènement de Toone I, un journaliste du nom de Richard Dupierreux écrivit un article sur le règne des Toone, pour le compte d’un hebdomadaire nommé Le Soir illustré. Pour être de qualité, cet article n’inspira guère les journalistes et les auteurs dans les décennies suivantes, tant on semblait persuadé de la disparition prochaine de la dynastie de  marionnettistes, désormais concurrencée par les nouveaux loisirs du 20e siècle : le cinéma, muet puis parlant, le music hall, puis la radio, la télévision… Personne n’aurait sans doute imaginé, en 1931, qu’en l’an 2012, Toone, grâce à la volonté et au talent de José et de Nicolas Géal, se tiendrait toujours debout, animant ses personnages en bois, au cœur même de cette ville de Bruxelles dont il est l’âme incontestable et sans cesse régénérée.

2.2.2. Toone  avant les marionnettes.

Antoine Genty, fils d’Auguste Antoine Ghislain Genty et de Bernardine Heusegem, un couple originaire de Nivelles, naquit donc à Bruxelles le 9 frimaire de l’an XIII de la République française ou, si l’on préfère, le 30 novembre 1804, à deux jours du sacre de Napoléon Ier. La famille Genty, qu’Antoine père fait vivre par son métier de tanneur, habite près du vieux port de commerce, rue des Baraques, qui sera rebaptisée en 1853, « rue du Canal ». Au fait, pourquoi une « rue des Baraques » ? Parce que celles-ci étaient jadis situées à cet endroit et servaient d’écurie pour la cavalerie espagnole. Elles furent démolies sous le régime autrichien (Bochart). Après la défaite de l’Empereur à Waterloo, l’occupant hollandais imposa sa loi et fit changer le nom de notre Antoine, qui a alors onze ans, en « Antoon ». Mais rien n’y fit, Toone, lui, resta Toone, et c’est ainsi que ses proches continuèrent bien évidemment à le nommer. Le jeune Toone, comme tous les enfants issus d’une famille modeste, n’avait d’autre choix que de travailler. Il n’apprendra jamais à lire et à écrire. Avec ses six frères et sœurs, Toone s’installe bientôt dans une maison de la rue de la Rasière, au cœur des Marolles, un quartier populaire à la réputation douteuse. Mais c’est là que s’établissent nombre de métiers tels que les foulons et les tisserands. Or, à l’âge de 23 ans (1827), Antoine Genty exerce le métier de fileur de coton. Le 11 août de la même année, il épouse Jacqueline Coduys, une dentelière de la rue Haute. Le couple s’installe d’abord rue des Renards, puis change plusieurs fois de domicile, sans toutefois jamais quitter le quartier des Marolles.       

2.2.3. Toone l’Ancien, le premier de la dynastie. 

C’est semble-t-il à la rue des Sabots (aujourd’hui rue de Wynants) que Toone I commença sa carrière en 1830. C’est alors une ruelle étroite, puante, en un mot, sordide. On le retrouvera bien plus tard à la rue de la Plume (1865), à la rue du Miroir (1866), à la rue des Vers (aujourd’hui rue Pieremans) et à la rue Christine. Toone I terminera sa carrière à l’impasse des Liserons (démolie en 1937 ; elle se nommait auparavant impasse Peeters et se situait au n°369 de la rue Haute) où se retrouvaient les artistes populaires. On accédait alors au théâtre par la rue de la Philanthropie, artère dans laquelle, des décennies plus tard, allait naître Jef Bourgeois, qui joua un rôle essentiel dans la sauvegarde des marionnettes de Toone. De 1830 à 1890, Toone I, qui crée ses pièces d’instinct mais connaît parfaitement son public, mène le jeu d’ « Ourson et de Valentine », de « Vivier et de Malgase », des « Quatre Fils Aymon », ainsi que de quelques pièces d’inspiration religieuse. Antoine Genty perd son épouse en 1866, mais il reste près de ses enfants et petits-enfants. Lors du recensement qui se tient quatre années plus tard, Toone I, qui pourtant exerce le jour le métier d’ « ouvrier peintre en équipage et voiture », se déclare tout simplement « saltimbanque », révélant par là ce qu’il sait être son vrai métier. En 1879, Antoine Genty devient le parrain d’Antoine Taelemans, fils de François Taelemans, également ouvrier peintre et marionnettiste (depuis 1865), et futur Toone II. En 1881, à l’âge 77 ans, Toone I intègre un hospice, le refuge de Sainte-Gertrude, située rue du Vieux Marché aux Grains. Antoine Genty quitte ainsi son vieux quartier des Marolles pour retourner en quelque sorte aux sources, dans ce quartier du canal où il a passé sa petite enfance. Il s’éteint le 19 octobre 1890, à l’âge de 86 ans.

2.3. François Taelemans (1848-1895) – Toone II (1865-1895), « Jan van de Marmit ».  

François Taelemans naît le 6 octobre 1848 à la rue des Ménages. A 17 ans, Taelemans, jeune marionnettiste illettré, habite le même immeuble qu’Antoine Genty, dans l’impasse des Liserons. Nous sommes en 1865 et Genty (61 ans), décide de prendre François Taelemans comme successeur. En outre, nous avons vu qu’en 1879, Antoine Genty allait devenir le parrain du fils de François Taelemans, Antoine. Pendant que Toone l’Ancien poursuit son jeu, François installe son propre théâtre dans d’autres lieux. Etabli dans un local qui se serait appelé In de Marmit, François Taelemans se voit bientôt surnommé « Jan van de Marmit » ! Taelemans joue rue Blaes, chez Jef Patei, mais également à la rue des Vers (actuellement : rue Pieremans), notamment au numéro 53, où on le retrouve en 1860.

Eric TIMMERMANS.

 

Bruxelles, le 17 novembre 2012

 

Toone l’ancien

 

 

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 Extrait du tome II de l’enquête de 1934 de la ville de Bruxelles

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Une dame en « slache » et derrière la dame en sabots et un châle.
Le café « Aux Bons Amis« 

 

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Images et texte 

Extrait du tome II BRUXELLES 1000 – une histoire capitale

 

 

1831, début de Toone dans l’impasse des liserons.

 

Une des maisons de cet impasse des Liserons disparue avait droit à toute la sollicitude des amateurs du vieux Bruxelles. Plus précisément sa cave, atteinte par un escalier escarpé,

 

 

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et présentant parait-il des voûtes aussi magnifiques que sans âge.  Cave qui n’était autre que le « poechenelle kelder » de Toone l’ancien, qui y régnât en despote absolu pendant 47 ans, de 1831 à 1878.

Ancien petit théâtre de marionnettes, transformé en 1933 en logements pour nos organistes italiens.

Ici Toone l’ancien joua devant des générations de Maroliens petits et grands, en pamoison devant le jeu d’ourson et valentin, ou celui de vivier et malagase, ou encore les 4 fils Aymon mis à toutes les sauce maroliennes. Ce n’est en fait que vers la fin de sa carrière que Toone  établi ses pénates dans les caves de l’impasse des Liserons après s’être produit un peu partout.

Toone III

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Toone III
Allias, Jean Schoonenburg.

 

Dont la magnifique chevelure bouclée noir, à l’artiste lui valait le surnom de Jan de Crol.  
Aidé par ses trois fils, dans cette populaire Impasse des Liserons, assez large et bordée de petites maisons pauvres et blanches.
Et habile comme pas un devant son public de ketjes particulièrement exigeants, « à faire intervenir à temps le père noble, de Groote Vyve, le grand vengeur »  face aux sombres et lâches conspirateurs.

En novembre 1903 fut brillamment fêté le 25ième anniversaire de la présence de Jan de Crol dans l’impasse, pour lequel on sortit, comme vin vénérable, des marionnettes qui comptait jusqu’à 85 ans d’âge, témoins des débuts de Toone l’ancien.

Jacques Dubreucq, a eu la chance de trouver de pittoresques détails dans le journal « Le petit bleu », un numéro de novembre 1903 qui précisément parlait de Toone III de l’impasse de Liserons à l’occasion des 25 ans de sa reprise par Jan de Crol.

Ainsi le Groote Vyve ne pouvait en aucun cas être confondu avec le Kleyne Vyve, le petit vengueur, l’amoureux, la seule chose qu’ils avaient en commun, c’est que rien ne pouvait leur arriver, sinon les ketjes hurlaient « dat es ni just ». De ces gamins, serait-il impossible  que l’un ou l’autre soit encore en vie, en février 1987 ?

Ne résistons pas au plaisir de vous transcrire un sketch réclamé mille fois à Toone en ces temps bibliques, celui de Napoléon à la bataille de Waterloo.

Un officier, en marionnette naturellement, survenait, prenait la position, et déclara à Napoléon ;

          Majesteïe, les Prussiens sont là.

          Baleiaïe moi ça.

Et l’officier de s’en retourner, pour exécution. Puis il réapparu,

          Majesteïe, les Anglais sont là,

          Les Anglais ? –   Baleiaïe moi ça.

 

Et l’officier  disparaissait dans un vacarme ENORME de canon. Pour revenir un peu plus tard encore, un peu plus haletant.

 

          Majesteïe, les Belges sont là,

          Godferdoum, s’écriait l’Empereur, subitement rempli d’effroi. Nu moet we clair zeen ! Want de Belge dat zijn veeze cadaïe ! Opgepast ! En niet gelache ! Gaift er na catoen op !

 

A cette tirade attendue, la petite salle  entrait dans un délire collectif de patriotisme hyper-nationaliste. Et cela recommençait le lendemain.

Jean Schoonenburg avait également les trois Mousquetaires de Dumas à son répertoire, les trois Mousquetaires, vingt ans après, Le Vicomte de Bragelone. Dont l’intégrale durait deux mois. Devant les mêmes garnements haletants. Soixante soirs d’affilé, sur les bancs de bois en gradin, à la lueur des lampes à pétroles. Alors que dans la cave voisine pendaient les 300 marionnettes de Toone, toutes faites de ses mains, prêtes à entrer en scène. La saison durait environ sept mois par an, devant 100 à 120 spectateurs. Mais en 1903 déjà, les grandes salles à orchestrions de la rue Haute commençaient à très durement concurrencer Jean Crol.

Il paraît qu’il joua dans sa cave sans discontinuer jusqu’en 1911, alors qu’après il allait se promener dans la rue Haute le chef revêtu d’un chapeau haut de forme du plus élégant modèle.

Hélas pour lui, les foules goûtèrent bientôt à d’autres plaisirs (auto, football, cyclisme). Jan de Crol ne le supporta pas : il en conçut une grave dépression, et finit par se pendre.

 

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Impasse Liserons – rue Haute.

 

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